Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Etranges rivages : Arnaldur Indridason dans les régions sauvages

Cécile Pellerin - 12.03.2013

Livre - fjords - villages perdus - crimes


Après deux enquêtes policières menées successivement par des collègues du commissaire (« La rivière noire », « La muraille de lave ») et un roman sans lien direct avec lui (« Betty »), Erlendur revient et retrouve toute sa place dans cette histoire.

 

C'est un grand plaisir pour le lecteur d'avoir enfin de ses nouvelles, car depuis trois romans, il s'était tout de même vaguement inquiété de son absence. Notre commissaire n'est cependant pas à Reykjavik entouré de son équipe, mais plutôt seul, parti en vacances dans les régions sauvages de l'Est du pays. 

 

Là, où enfant, il a vécu avec effroi et repentir, la disparition de son jeune frère, Bergur. C'est bien sur ses traces, qu'il chemine, installé dans la maison abandonnée de son enfance. L'été semble loin, le climat déjà hostile et la nature si peu propice à la promenade.

 

Le temps paraît se figer, le ciel est bas, l'horizon bouché. La grisaille et la pluie pénètrent l'homme, comme si les éléments prenaient le dessus sur l'existence humaine, impénétrables et mystérieux, meurtriers parfois. « Il se souvenait seulement de cette tempête blanche qui hurlait autour d'eux, cette tempête qui l'avait frappé et plaqué à terre jusqu'à ce qu'il n'ait plus la force de se relever. » 

 

C'est dans cette ambiance austère, mais familière qu'Erlendur se trouve rapidement interpellé par d'autres disparitions, plus lointaines encore que celle qui l'occupe précisément et, à la fois par empathie pour ceux qui restent, par intérêt pour « tous ces gens qui disparaissent dans les tempêtes ou se perdent dans les montagnes » , […] « parce que la seule chose qui lui avait toujours importé était d'obtenir les réponses aux questions qu'ils se posaient, de découvrir ce qui s'était perdu, avait été oublié et que personne avant lui n'avait jamais trouvé ». 

 

Pour tout cela, il va pénétrer dans l'intimité de quelques hommes et femmes âgées et remuer un passé, souvent douloureux et encore bien présent, mettre à nu des culpabilités et vérités jamais dites, dévoiler plusieurs crimes commis, à la manière d'un commissaire en exercice.  

 

Par son obstination, la jeune femme Matthildur, disparue dans la lande et Jakob, son mari trompé, mort noyé vont connaître un autre sort.

 

Et au fil de cette enquête, il va progressivement pénétrer de nouveau dans son histoire intime et délivrer cette fois, au lecteur, tous les détails du drame de la perte de son jeune frère, rapportant avec exactitude la douleur irréversible d'une famille entière, les bouleversements qui suivirent et le sentiment de culpabilité, inéluctable et écrasant qui l'habite depuis. 

 

« Désormais, il porte sa responsabilité en silence ». Autant de révélations personnelles qui attachent davantage le lecteur à Erlendur, le rendent encore plus proche, légitiment son apparence taciturne et austère. Dans ces évocations, le lecteur inconditionnel lit doucement, tant il se sent bien, réalise à quel point, il attendait ces révélations depuis de nombreux romans et les savoure comme un privilège, une gourmandise, craignant juste, par moments, que ces aveux  ne mettent un terme à la série. 

 

Car il est vrai, suivre Erlendur dans les villages perdus de l'est, à la rencontre de vieillards (Boas « une bonne soixantaine d'années, Hrund, Ezra, Ninna, Ludvik… âgés de quatre-vingt-cinq ans) tous prêts à mourir, a quelque chose de pathétique, proche du déclin et lorsqu'il évoque ses proches, tour à tour, comme s'il voulait conclure : « il pensa à sa fille […], il pensa à son fils […], à Valgerdur, […] à Marion Briem et à sa mort solitaire. Il pensa à ses collègues, Elinborg et Sigurdur Oli, aux enquêtes qu'ils avaient menées ensemble, aux années pendant lesquelles ils avaient travaillé en équipe », le lecteur a de  sombres doutes.

 

Puisse-t-il se tromper ?