Excursions dans la zone intérieure : promenade dans l'esprit du jeune Auster

Xavier S. Thomann - 19.05.2014

Livre - Paul Auster - Autobiographie - Baseball


Cette année, Paul Auster continue son cycle autobiographique, en publiant chez Actes Sud, son éditeur traditionnel, Excursions dans la zone intérieure. Après sa Chronique d'hiver, consacrée au corps et à la chair de l'écrivain, l'auteur de Moon Palace a décidé de sonder son esprit, en quête de l'enfant et du jeune homme qu'il a été. 

 

En guise de préambule, l'auteur nous explique la nécessité de ce diptyque : « C'était une chose, d'écrire sur ton corps (…) mais l'exploration de ton esprit à partir de tes souvenirs d'enfant sera sans aucun doute une tâche plus ardue – voire impossible. Pourtant tu te sens obligé de tenter la chose ». Inutile de dire que le pari est tenu. 

 

Comme Chronique d'hiver, cette autobiographie est écrite à la deuxième personne. Paul Auster remonte à ses premiers souvenirs pour établir une histoire de sa formation intellectuelle, morale et affective, dans l'Amérique des années 1950 et 1960. Il y est d'abord question de sport. La littérature viendra plus tard. Le jeune Paul Auster, avant de s'intéresser à Baudelaire et Mallarmé, écrivait des lettres à ses joueurs de baseball préférés. Qui lui répondaient. 

 

Du reste, Auster ne joue pas à composer une légende dorée de l'écrivain, il cherche plutôt à retrouver l'enfant puis l'adolescent et enfin le jeune adulte qu'il a été.


Forcément, il est question de lecture et d'écriture, des premières tentatives pour devenir romancier ou poète, mais on retient surtout l'humilité de l'écrivain américain – pourtant l'un des plus brillants de sa génération. Une autobiographie peut parfois se transformer en savant jeu de manipulation. Ce n'est pas le cas ici. 

 

De fait, ce qui frappe avant toute chose, c'est la sincérité et l'honnêteté de l'écrivain, qui n'hésite pas à retranscrire, dans la troisième partie du livre, des lettres datant de 1967 quand il était « encore jeune et peu sûr de lui », ce « garçon pas tout à fait homme, à la démarche mal assurée» Ces documents lui permettent de prendre une certaine distance.

 

De même, en racontant deux films qui l'ont marqué (L'homme qui rétrécit et Je suis un évadé), il se place en retrait, pour mieux souligner les différences et les convergences entre l'homme et l'enfant. 

 

Bref, un portait singulier qui a aussi le mérite de dépasser les limites de l'individu. Car l'Amérique est le second personnage du livre.

 

L'Amérique de la guerre de Corée, celle d'avant les droits civiques, quand les enfants vivaient sous la menace conjuguée de la polio et de la guerre atomique. Ainsi, on finirait presque par croire que l'auteur de la Trilogie new-yorkaise est quelqu'un « comme tout le monde»