Face à face : mortelle communauté

Cécile Pellerin - 09.10.2013

Livre - Bergen - communauté - vie étudiante


A l'instar des marronniers, certains héros reviennent chaque année, comme une habitude, un rendez-vous pris avec le lecteur fidèle et inconditionnel. Onze fois déjà que Varg Veum reprend du service, explore sa ville, Bergen, nous plonge dans son atmosphère particulière (« la côte occidentale de la Norvège en automne, quand il pleut, ce n'est pas mirobolant ») et emmène le lecteur, tel un complice (voire un ami maintenant) au cœur d'une nouvelle enquête, mêlant cette fois plusieurs personnages, tous anciens membres d'une communauté d'étudiants radicaux des années soixante dix, vivant ensemble à Bergen.

 

L'enquête démarre dans la salle d'attente miteuse (« table en teck fatigué, mobilier en tube chromé et similicuir d'un rouge tout soviétique ») de notre détective où un homme mort l'attend. Sollicité par la femme du défunt, Varg Veum s'attache rapidement au passé de cet homme et de la communauté au sein de laquelle il a vécu quelques années lorsqu'il était étudiant. Tour à tour, il visite tous ses membres, aujourd'hui bien éloignés de cette mouvance d'extrême gauche et découvre des liens complexes, la plupart du temps amoureux, entre tous les personnages ou presque, difficiles à dénouer et à intégrer. A cela s'ajoute un suicide étrange, pas tout à fait convaincant (le corps n'a pas été retrouvé) et un contexte politico-historique où l'IRA pourrait avoir été un membre actif, encore redouté aujourd'hui (l'action se situe autour des années 2000). Tout se complique encore lorsqu'un autre membre de la communauté, devenu policier,  est retrouvé assassiné.

 

Bref, une enquête pas très simple, parfois confuse si le lecteur ne fait pas l'effort de mémoriser avec précision  tous les personnages de cette communauté d'habitation et les liens, parfois éphémères, qui les unissent (les couples se font et se défont sans cesse). Une fois prémuni de cela, le lecteur accompagne avec intérêt Varg Veum dans ses recherches, s'immerge dans le passé des protagonistes, progresse avec lui (ou presque en même temps), s'engouffre dans des fausses pistes sans protester, ressent l'excitation lorsque la vérité surgit, profite des rebondissements avec plaisir, déduit autant qu'il peut, se laisse surprendre au final et salue la perspicacité de son acolyte, toujours au top, même avec les années qui défilent.

 

Comme d'habitude, même si cette fois, l'enquête déroute davantage, mêle suspense et rebondissements avec une vive intensité, c'est Varg Veum qui intéresse le lecteur avant tout.  Ce dernier s'attache en effet à son quotidien qu'il connaît bien, recherche des éléments familiers, page après page. C'est pour lui, une garantie de succès, un élément rassurant de (re)connaissance mutuelle. Il traque alors ses excès avec bonheur (« la petite larme d'aquavit dans le tiroir du bas à gauche […] Le petit verre d'aquavit Simers Tafel sur la table à côté de moi […] Une petite liqueur tempérée et bien équilibrée»),  partage son humour, retrouve sa manière de travailler et de résoudre les enquêtes, écoute jusqu'à sa musique « Ben Webster sur la platine cd »), s'intéresse à ses aventures sentimentales peu extravagantes et assez fidèles, Karin Bjørge, par exemple, qui travaille toujours à l'Eta civil ou Torunn, la journaliste.  Bref, il est en quête de tout ce qui garantit l'authenticité du détective et confirme sa sympathie depuis les premières enquêtes.

 

Et cette fois, davantage peut être  que dans le roman précédent, le lecteur est totalement rassuré.  Son « ami » vieillit plutôt bien, n'ennuie toujours pas et n'a rien perdu de son charme.

 

A la santé du douzième opus maintenant. Skål !