Faire l'amour, Jean-Philippe Toussaint

Clément Solym - 14.10.2009

Livre - faire - amour - Jean


Faire l’amour comme faire le mort. Le titre de ce roman est antithétique, puisque c’est de l’histoire d’une rupture qu’il s’agit. Celle du narrateur et de Marie, créatrice de mode parisienne et artiste renommée, en couple depuis 7 ans. 7 ans, le chiffre magique des contes de fées. Celui aussi du fameux cap sur lequel tant de couples viendraient se briser. Tokyo sera le théâtre de la déchirure, Marie devant inaugurer une exposition au Contemporary Art Space de Shinagawa, voyage d’affaires lors duquel son amant l’accompagne.

L’idylle prend fin dans le silence des larmes, des interrogations perçues et des réponses non formulées, avec la violence d’une implosion nucléaire. Les sanglots sont ceux de Marie, impuissante et agacée face au rejet muet que lui oppose son amant. Celui-ci perçoit son désarroi, comprend ses attentes, mais ne peut se résoudre à les satisfaire. Pourquoi ? Pour les mêmes raisons que celles qui nous poussent à fuir une relation bancale, malgré la force des sentiments : par lassitude des mots dits à l'envi, par colère contre Marie qui lui inspire des pulsions meurtrières, par dégoût de soi s’il cède une fois de plus à son chantage émotionnel.

Jean-Philippe Toussaint
Paradoxalement, cette rupture chaotique est décrite avec une infinie douceur. Les mots ciselés sont comme poudrés d’une neige dont le baiser glacé atténue la brûlure. Même dans ses plus virulents moments de rejet, qui vont jusqu’à l’envie de détruire Marie, l’amant ne se départit jamais de sa tendresse pour elle, de ses mille petits détails qui la distinguent à ses yeux : une manière de soupirer, la façon de porter un vêtement, de fumer ou simplement de se tenir assise.

Jusqu’au bout, on croit la réconciliation possible, on sent la brûlure des braises sous la cendre, comme le phœnix prêt à prendre son envol. On espère en se raccrochant aux mains furtivement serrées, aux baisers mêlés de larmes et aux muettes prières qui passent si aisément pour des lueurs d’espoir.

Las, inexorablement un fossé se creuse que nul d’entre eux ne pourra combler. La rupture est consommée dans un ultime aveu d’impuissance dévastatrice, qui pourtant laisse flotter un sourire sur mes lèvres tandis que je referme le roman sur sa dernière page. Quelle douleur plus douce que celle d’avoir aimé l’autre jusqu’au bout de soi ?


 

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