Fantômes du passé ou espoirs à venir : cherchez et vous trouverez

Clémence Holstein - 24.04.2018

Livre - Policier galerie portraits - guerre algerie - enquetes multiples polar


Pour chacun des acteurs de ce roman, pour tous ceux qui le font vivre, personnages, auteur, narrateur, lecteur, amoureux littéraire, citoyen, demeure Un travail à finir. Eric Todenne use d'un récit humble et honnête pour permettre à chacun d'exploiter son potentiel et ouvrir les horizons.

 


Andreani le brillant misanthrope, Le Grand Sérieux en citations latines, Couturier grand cœur grande gueule, et la psy au comptoir, Eric Todenne met en scène une galerie de personnages originaux et attachants, et ce tout en pudeur.

Un travail à finir est un roman policier, non le lieu de grands épanchements. Cela n'empêche pas les acteurs de ce récit de faire rire, d'émouvoir et d'intriguer. Chacun à leur manière, ni grands rigolos ni créatures de rêve, ils attrapent le réel et sa noirceur. Ce sont des gens du quotidien, aussi normaux et anormaux que les tout-venants que nous sommes. Pas de grands bavards non plus ici, mais des silences singuliers relayés par une narration coulante. Chacun a son langage et Eric Todenne sait faire saillir leur personnalité ainsi, par le truchement de leur phrasé et de leurs silences.
 

Et en effet, ce récit est ponctué de silences. Non de vides, entendons-nous. Des silences de sens. Le récit n'est jamais surchargé, jamais effervescent comme le voudrait sans doute l'habitude de vitesse et de multiplicité que nous avons prise aujourd'hui. Ce récit est calme, fluide, d'une grande clarté.

Et l'on s'aperçoit qu'un roman policier ne nécessite pas de fébrilité chronique pour pouvoir ménager un suspens et attiser la curiosité. Il s'agit ici d'une curiosité subtile, et qui appelle réflexion et non agitation. Certes, il ne faut pas attendre d'actions époustouflantes et vouloir se jeter à corps perdu dans un tissu de rebondissements tonitruants. Mais est-ce nécessaire ?

 

Roger Lourdier, un pensionnaire des Épis bleus atteint d’Alzheimer, a fait une mauvaise chute sur le coin de sa table de chevet. Il est mort. Il ne peut s’agir que d’un accident. Pourtant, un détail attire l’attention de la jeune Lisa qui accomplit son service civique au sein de la maison de retraite : le vieux monsieur n’a pas de numéro de Sécurité sociale. 

Comment est-ce possible, en France, aujourd’hui ? Lisa en informe alors son père, le lieutenant Andreani, qui, mis sur la touche par sa hiérarchie de Nancy pour un sérieux écart de conduite, est contraint de rendre des comptes à Francesca Rossini, la psy désignée pour juger s’il peut réintégrer son poste.


Ce roman est marqué par une originalité générale, comme nous avons pu le souligner à mots couverts plus haut. Les personnages secondaires sortent du commun des personnages de roman policier et font sourire autant qu'ils interpellent.
 

Par ailleurs, le roman déroule son histoire en France dans une modeste ville de province et ne joue pas avec les espaces grandiloquents et magiques des capitales du monde. De fait, c'est un roman policier qui nous paraît plus proche de nous, un peu plus réel peut-être.
 

Enfin, la forme de l'enquête sort de l'ordinaire également : elle est double ou triple, touche les différentes sphères de la vie d'Andreani et de celle des autres personnages. Et l'enquête ne consiste pas à montrer du doigt le grand méchant tueur : la situation est plus complexe que cela, et le lecteur ne se verra pas servi un beau coupable sur un plateau. La Justice n'est pas une machine aisée et satisfaisante. Elle est souvent impuissante face au temps et à la mort. Comme la vraie vie, l'intrigue est intriquée et entremêle les trajectoires, les temps, les espaces.
 

Et justement ce sont le temps et l'espace de la guerre d'Algérie qui sous-tendent l'enquête de l'inspecteur Andreani. Cette guerre dont on parle enfin davantage, mais qui prend ici un aspect que l'on ose peu dire et écrire. Cet élément nous implique encore plus avant dans l'histoire, nous donnant à voir l'Histoire. Cette guerre d'Algérie que nous semblons cacher derrière celle de la Seconde Guerre Mondiale ressassée à l'envi.
 

L'on referme le livre et l'on serait bien content de savoir qu'une autre aventure avec ces compagnons-ci nous attend. Ils mériteraient de donner naissance à d'autres enquêtes où l'on pourrait les retrouver et les voir évoluer. Ils pourraient de vrais amis, et pas seulement le temps d'un ouvrage : l'on n'a fait ici qu'apercevoir leur potentiel et l'on reste sur sa faim, dans le sens d'un désir littéraire et non d'une insatisfaction. Cet opus est, espérons-le, le premier d'une longue série.

 

 

Eric Todenne, Un travail à finir – Editions Viviane Hamy – 9791097417079 – 19,00€


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