Faux titre, Boris Schreiber ?

Clément Solym - 18.02.2008

Livre - Faux - titre - Boris


Né en 1923, Boris Schreiber est un homme qui n’a probablement pas besoin de cette critique pour se ficher éperdument de ce que son dernier livre apporte dans la littérature française.

Aussi vais-je vous raconter comment j’ai débouté un malotru qui tentait de m’escroquer d’un ramonage à 145 €, moi qui n’ai pas de cheminée. Une affaire passionnante dont je meurs d’envie de vous narrer les péripéties…

Et pourquoi préférer cette anecdote, au demeurant passionnante de mes tribulations quotidiennes, plutôt que de vous entretenir des textes de Boris ? Parce que les auteurs qui parlent des livres me torpillent le moral. Ce n’est que gémissements et pleurs quand untel ne parvient pas à être publié, apitoiements et jérémiades si untel se retrouve face à sa blanche page.

Faites-leur sortir la tête du guidon et vous les verrez réaliser des textes sympathiques, certes, mais bon, bref… bof, quoi. Je ne vais pas descendre un homme âgé, qui prendrait ombrage d’une critique acerbe, risquant ainsi de voir son cœur s’emballer et de me sentir alors responsable d’un malaise cardiaque. Non, sûrement pas.

La plume s’écrase d’ailleurs parfois au point que l’on se demande s’il n’a pas forcé quelque peu sur un tranquillisant, au point de ralentir un récit déjà peu enclin à la légèreté. Je ne mentirai pas non plus par omission, en occultant Murmures, dont la chute est certes attendue dès les premières lignes, mais qui satisfait le désir sadique de voir le narrateur plonger plus loin encore dans son désespoir. Gniark, gniark, gniark, gniark…

Entre marasme égocentrique et délire d’apprenti littérateur, pardonnez la rudesse de mes paroles, on n’a pas ici une véritable perle. Ou le cas échéant, renvoyez-la au bijoutier qui vous l’a vendue, avec mes compliments. Il est meilleur vendeur que bon libraire…

Le contre-avis de Victor de Sepausy

Assurément, une telle véhémence méritait d’être contrebalancée. Pourtant, si l’on doit relativiser l’avis que Nicolas émet, on ne sauvera pas pour autant Faux titre, qui ressemble en effet plus à un faux pas qu’à une belle œuvre.

Tout au fil du texte, on traque cet humour involontaire dont parle l’éditeur, mais en vain. De même, ces blessures qui sont des éblouissements restent ternes comme un jour sans pain. Effectivement, on perçoit la distance entre l’écrivain et son texte, son recul de démiurge sur des situations et les mots. Or, cette ironie, ne serait-elle pas plus à son aise employée différemment ? Ne la goûterait-on pas avec un peu plus de plaisir… ?

On sent une douleur, ou du moins en devine-t-on des contours. Si elle est sincère, elle peine, effectivement, mais n’arrache ni soupirs ni larmes. Si elle est littéraire, elle est déplacée. Et lourde.

De là à le relire d’urgence de surcroît, faudrait pas non plus pousser…