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Flametti : une autre facette du dadaïsme ?

Xavier S. Thomann - 14.01.2014

Livre - Flametti - Dada - Hugo Ball


Il y a maintenant quelques semaines les éditions Vagabonde ont publié un ouvrage d'un auteur trop peu connu : Hugo Ball. Écrivain et poète, collaborateur de la première heure du mouvement Dada, il est toutefois moins connu que son comparse Tristan Tzara. Il était pourtant présent lors de la naissance du mouvement, avant, il est vrai de prendre assez rapidement ses distances. Vagabonde nous offre une traduction française réussie d'un roman au titre intriguant : Flametti ou Du dandysme des pauvres

 

Cet ouvrage de 1918, résolument moderne, mérite qu'on s'attarde, ne serait-ce qu'au titre de curiosité. Du reste, nous ne serons pas les premiers. Le philosophe allemand Peter Sloterdik voit en Hugo Ball « le plus important existentialiste de variétés en langue allemande. »

 

Le roman est le récit des aventures mouvementées de Flametti qui dirige une petite troupe d'artistes, à mi-chemin entre le cirque et le théâtre de boulevard. Il fait ce qu'il peut pour joindre les deux bouts, le tout dans un joyeux capharnaüm. Pour rembourser l'argent qu'il doit, il va mettre sur pied un nouveau spectacle mettant en scène des Indiens. Un « programme grandiose, entièrement nouveau » assurent les affiches.

 

Alors que l'heure du spectacle approche, un autre spectacle a lieu dans l'appartement même de Flametti. Entre les chamailleries et les petites rivalités, on aura rarement vu une troupe d'artistes s'entendre aussi mal. Mais chacun d'entre eux est touchant, profondément humain malgré sa misère. Que cache donc la comédie parfois sinistre qui affleure partout dans la prose d'Hugo Ball ? 

 

Forcément, la date de publication du livre a son importance. En 1918, l'heure est plutôt à la réflexion et au recueillement après le massacre que vient de connaître l'Europe. Face à l'horreur, il propose en quelque sorte de créer un autre monde, celui d'une poésie débridée, loufoque aussi. 

 

De temps à autre, le narrateur nous donne quelques pistes d'interprétation : « Il était pour ainsi dire quelqu'un, un type tout à fait singulier. Artisite de la plus belle eau. Il avait l'oeil, savait choisir ses gens. Une personnalité, voilà ce qu'il était en quelque sorte. (...) Le zèle ? Il le méprisait. Le véritable artiste dort tous les matins jusque vers onze heures. Quand on a travaillé jusqu'à une heure avancée de la nuit des numéros souvent très difficiles, on ne peut pas être à nouveau debout aux petites aurores ».

 

Ou encore : 

 

« Les artistes viennent d'un autre monde. Ne sont pas des bourgeois. C'est de l'oppression que naît l'artiste. Là où il n'y a pas de défauts, il n'y a pas d'homme. Diversité, magie, exotisme ont une seule source : le désespoir ».

 

Faut-il donner raison à Hesse quand il dit à propos de Ball que « ses écrits figureront un jour parmi les meilleurs livres allemands de notre temps » ? Ce n'est pas certain. Du reste, Ball, dans son journal, estime que ce livre « en tant qu'écrit de circonstance, comme glose du dadaïsme, (...) peut bien disparaître avec celui-ci. »