Forêts françaises, depuis les cimes, à la hauteur de la folie humaine

Mimiche - 09.07.2019

Livre - forets sylviculture France - exploitation ressources naturelles - forêts danger


ESSAI - Nous avons tous été les témoins du saccage de forêts un peu partout dans le monde, en Asie du Sud-Est où les forêts originelles sont détruites au profit de la plantation de palmiers à huile, en Amérique du Sud ou la déforestation suit/précède les chercheurs d'or comme la gangrène, partout ! Le pouvoir de l'argent fait main basse sur les milieux dont la biodiversité est irrémédiablement réduite à néant à grand renfort de pesticides, herbicides, biocides… à hauteur de la folie humaine. 
 
 
 
Dans son livre, Gaspard d'Allens a pris le parti d'un regard plus introspectif sur les évolutions de la forêt française afin de détourner notre attention à « géographie variable » des, certes emblématiques, animaux menacés par exemple à Bornéo, et le ramener sur d'autres impacts moins susceptibles de « faire le buzz » mais beaucoup plus proches de nous et pas moins inquiétants.
 
Les chiffres ne manquent pas d'être éloquents : « Selon l'inventaire forestier national, 51% des forêts sont constituées d'une seule essence et 16% de plus de deux essences. 80% des arbres ont moins de 100 ans […]. »
 
En quelques décennies, la forêt a été bouleversée et si, globalement, sa surface a pu évoluer à la hausse, son exploitation, avec la systématisation des monocultures la plupart du temps d'essences non endogènes, est devenue déraisonnable avec ses coupes rases, les ravinements de coteaux et les destructions de sols qui en découlent, compensés par les intrants et les traitements phytosanitaires que la monoculture impose afin de lutter contre les agressions parasitaires diverses, dont l'expansion ne peut plus être contrecarrée par les prédateurs naturels du fait de la destruction de la biodiversité.
 
Gérard d’Allens assimile cette exploitation de plus en plus intensive (avec des rotations de plus en plus courtes) à celle dont l'agriculture intensive est le modèle pernicieux : « L'aberration d'un système productiviste, sa soumission aux intérêts financiers, sa casse sociale, son escroquerie intellectuelle » dont les effets apportent « à chaque étape des dégradations qui s’accumulent et font système, jusqu'à créer un désert biologique ». Moins de vers de terre dans les sols, moins de bactéries, un pH plus acide sous les aiguilles de pins en décomposition (très lente) qui contribuent, en cascade, à la pollution des eaux.
 
Vent debout face à l’industrialisation de la forêt et la « fuite en avant technicienne » qui tente de réparer les désordres créés, Gaspard d’Allens établit, au cours de son enquête, un état des lieux désolant, où les intérêts économiques brisent le contrat social des petites entreprises (mises à mal par les grosses) alors qu'elles seules ont assuré jusqu'à présent la survivance d'une ruralité et d'un tissu local.
 
Comme l'agriculture.
 
Il pousse même le bouchon encore plus loin en assimilant notre situation à « celle d'un pays du tiers monde sur un marché colonisé » où « même les cercueils sont fabriqués en Chine », souvent d'ailleurs avec des bois coupés en France et exportés là-bas pour y être manufacturés.
 
Le parallèle avec l'agriculture est clair : les marges des intermédiaires se font au détriment du bûcheron qu’on ne « trouve plus localement » parce qu'il n'y a plus de main d’œuvre pour faire ces travaux durs et difficiles « … à ces conditions-là ! » que seuls des personnels étrangers surexploités acceptent.
 
Et il ne sert plus à rien d'attendre de la bonne volonté des gardes forestiers une protection historiquement dans les gênes de leur Office : l’État ramène, jour après jour, leur mission de Service Public à celle d'une ouverture sur la concurrence, jetant ces personnels attachés à leurs arbres dans les affres les plus profonds. Jusqu'aux mouvements sociaux ! Jusqu'au suicide !
 
Comme les agriculteurs !
 
La privatisation des forêts publiques se dessine. Au profit de qui ? Certainement pas des usagers (et propriétaires individuels et collectifs que nous sommes par conséquent) qui n'auront bientôt plus que les rangées sombres et dévitalisées de Douglas où promener leur soif de verdure et de nature. Mais, à coup sûr, de ceux qui veulent nous faire croire que l'exploitation énergétique de la biomasse est vertueuse : quel stockage de CO2 attendre d'un massif forestier abattu tous les 20-30 ans pour alimenter les chaufferies bois-énergie ?
 
J'arrête !
 
Ce livre m'a profondément énervé car il m'a ouvert les yeux sur une dégradation systématique qui avance masquée, sournoisement, et dont les effets font la part belle aux vendeurs de glyphosate de tous crins.
 
Que faire ? Je n'en sais rien. Gaspard d’Allens n'a pas plus de solution même s'il fait état de tentatives locales et ponctuelles de « résistances » et de « nouvelles voies ». Comment y contribuer ? En évitant Ikea ? En intégrant des circuits courts de consommation ? Mais lesquels et comment ? « La forêt est un territoire à re-politiser » écrit-il. « Notre forêt doit redevenir familière ». Une occasion de mieux la partager avec les chasseurs ? Une occasion de renforcer la protection dans les Parcs Nationaux et Régionaux ? De bloquer la privatisation rampante de l'O.N.F. ?
 
Au minimum de lire ce livre édifiant pour prendre pleinement conscience des enjeux dont la presse ne se fait pas l'écho et tenter, « humblement », sur le terrain, une « convergence des luttes » !
 

Gaspard d’Allens – Main basse sur nos forêts – Seuil, coll. Reporterre – 9782021343908 – 12 €


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Pour approfondir

Editeur : Seuil
Genre :
Total pages : 176
Traducteur :
ISBN : 9782021343908

Main basse sur nos forêts

de Allens, Gaspard D'(Auteur)

Les forêts deviennent une industrie ! Parée du discours trompeur de l'énergie verte et des vertus de la biomasse, une entreprise massive et silencieuse de transformation de la sylve en matière se déploie en France. Nous pensons la forêt comme le refuge de la liberté, nous la parcourons pour respirer le parfum de la nature, nous nous y réfugions des trépidations urbaines. Mais les abatteuses, les voies forestières démesurées, les centrales à biomasse sont en train de l'avaler, de la quadriller, de la standardiser.

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