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Frères et sœurs, intimes étrangers : imparfaitement parallèles

Clémence Holstein - 21.04.2018

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La fin de la solitude est le portrait d'un mystère. Ce roman donne la primeur au lien fraternel si singulier. Pas d'amour idyllique ni de frères ennemis à mort ; ni drame ni roman à l'eau de rose. Seulement l'improbable alchimie fraternelle et son insondable profondeur.

 



 

Dans la famille, je voudrais le Papa, la Maman et les Enfants. Les relations parents-enfants/enfants-parents racontées, reracontées, toujours approfondies, encore explicitées. Insatiable thème et variation de notre époque. Passionnant sans aucun doute. Envahissant ?...

 

Mais où sont donc ces autres membres de cet être à mille bras qu'est la famille ? Et ceux qui nous accompagnent, peut-être en seconde voix, mais presque toujours plus longtemps que tous les autres : les frères et sœurs ? La chose serait-elle moins intéressante ? Moins complexe ? Moins inspirante peut-être ?

 

Benedict Wells ne mange pas de ce pain-là et nous promène au long de plusieurs décennies de l'existence d'une fratrie détonante. La belle Liz, amoureuse de l'amour et de sa propre beauté, impulsive, jamais rassasiée. L'étrange Marty un peu geek, un peu autiste, un peu perché, sans illusion, non sans folie. Et l'émouvant narrateur, Jules, artiste, tendre et beaucoup trop poétique pour s'accommoder de la réalité. Les trois personnages de ce roman forment une fratrie que la vie n'épargne pas. Chacun à sa manière très personnelle va affronter les épreuves et tenter de se sentir vivant. Trois philosophies antinomiques s'entrecroisent, vont et viennent, entre amour et incompréhension.


C'est une vision cyclique de l'existence que sert ce récit. L'on s'éloigne pour se rejoindre. La répétition est une fatalité et une aubaine qui scelle les destinées. Et, avec laquelle il est finalement possible de jouer, même si la mort s'en mêle. De fait, la mémoire et le souvenir tiennent une place privilégiée dans cette histoire réfléchissante. Ils ramènent sur la plage du présent les effluves du passé. Ils déterminent nos traces. Et malgré l'émotion que cela soulève, l'écriture de La fin de la solitude n'est ni geignarde ni inutilement sentimentale. Marty est là pour toujours saupoudrer de rationnel clair et net tout ce lupanar de sentiments qui l'entoure.

 

Pour illustrer cette vision, des formules non choc mais denses attrapent le lecteur au vol, au coin d'une page dévalée avec plaisir et fluidité. Ce livre peut se lire avec avidité. Avec vivacité. Et l'on pourrait en oublier de le savourer mais ces phrases tombent à-pic, et stoppent la tentation d'une lecture effrénée.

 

Cette avidité suscitée tient notamment au narrateur, personnage attachant et conteur hors pair. L'on en vient même à s'interroger sur la véracité des faits relatés ici. L'on en vient à s'interroger sur la coïncidence entre narrateur et auteur. L'histoire pourrait tellement être la nôtre.

 

En toile de fond, le parcours initiatique de l'écrivain qui s'ignore et l'amour immense de la littérature. Le livre qui tire la vie plus loin, qu'il soit lu ou écrit.

 

L'on peut peut-être regretter que les violences de l'existence, dans ce roman qui traite de cette dernière et des stratagèmes de chacun pour la dompter, soient évoquées sans être développées. Cela dépend là bien sûr de la sensibilité du lecteur. Mais il se pourrait qu'une liberté dans cet aspect de la vie n'ait pas été prise. Cela reste une hypothèse. Ces violences ne sont pas déniées et le roman n'en perd donc pas en réalisme humain. Elles sont passées sous silence. Mais peut-être que, précisément, la violence tue est d'autant plus fidèle à la violence vécue, souvent ineffable. Que chacun s'en fasse son idée.

 

Le petit Jules est si juste qu'il vous enrôle sans crier gare dans sa réalité et celle de ses frère et sœur. Benedict Wells fait de son personnage votre frère. Vous qui n'en avez pas, vous voilà doté de ce parent pair, juste à côté, tout contre vous, qui donne terriblement à penser et se penser : jamais, dans une autre vie, il n'aurait été votre ami. Et pourtant...

    

 

Benedict Wells, traduit de l'Allemand par Juliette Aubert - La fin de la solitude – Editions Slatkine et Cie – 9782889440320 - 20€




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