Funérailles célestes, Xinran

Clément Solym - 25.11.2008

Livre - funerailles - celestes - Xinran


XINRAN, l’auteure, a été, en 1994, journaliste dans une radio à Nankin où elle recueillait les témoignages de femmes chinoises pour évoquer tous les aspects de leur vie. Informée par un auditeur de la présence d’une femme étrange vivant dans les rues de Suzhou, XINRAN a pris le car pour aller la rencontrer.

 

Habillée de vêtements tibétains, mais indubitablement chinoise, Shu Wen a accepté de parler à XINRAN. De lui raconter une vie hors du commun, vécue par un petit bout de femme d’un courage et d’une volonté inimaginable, mue par la force de tout l’amour qu’elle avait pour son mari Kejun. Kejun avec qui elle avait partagé des études de médecine.

 

Kejun avec qui elle n’avait pu vivre que trois petits mois après leurs noces, puisqu’il était ensuite parti au Tibet, enrôlé comme médecin dans les troupes de l’Armée révolutionnaire. Lui dont cette même Armée était venue lui annoncer la disparition sans en donner quelque explication que ce soit et sans même lui attribuer les honneurs d’une mort en héros révolutionnaire.

 

Kéjun dont Shu Wen n’a pas accepté d’être séparée sans savoir, sans comprendre cette disparition. Kejun pour l’amour de qui elle s’est, elle-même, enrôlée comme médecin afin de tenter de retrouver sa trace et d’élucider les circonstances d’une mort que personne n’était en mesure de lui expliquer. Kejun qu’elle aura passé trente ans de sa vie à chercher dans les montagnes du Tibet.

 
 

C’est une histoire vraie qui nous est proposée là. Mais une histoire tellement extraordinaire qu’il ne faut à aucun moment douter de l’honnêteté de XINRAN quand elle la raconte tellement elle dépasse l’entendement ! Tellement elle pourrait passer pour un conte merveilleux ! Tellement elle est impossible à nos yeux d’Occidentaux. Tellement elle est magique, mais humaine, spirituelle, mais charnelle.

 

XINRAN nous raconte une petite page de l’histoire de la Chine dans ses ambitions hégémoniques au Tibet dès les années 1958.

 

Mais elle nous raconte surtout l’immersion totale, involontaire, mais finalement acceptée, dans une civilisation si proche géographiquement de la sienne et pourtant si éloignée, d’une jeune femme chinoise, remplie de l’amour pour son mari, trop tôt disparu quelque part dans les hauts plateaux du Tibet. Shu Wen, avec l’aide de la famille tibétaine d’éleveurs nomades qui l’a sauvée d’une mort certaine, poursuit la quête d’un Graal.

 

Avec ce livre, elle raconte une vie d’espoir impossible, d’attente éternelle, d’amour infini. Et la découverte progressive d’un mysticisme tibétain qui amènera XINRAN à poser cette question : le Tibet n’est-il pas, au fond, un immense monastère ?

 

Elle raconte l’hospitalité des gens simples, leurs croyances, leur foi inébranlable, non pas leur fatalisme, mais leur acceptation sereine des évènements de la vie, leurs qualités humaines insoupçonnées, leur profonde spiritualité, leur communion avec la nature, avec le milieu qui les fait vivre, les nourrit, les entoure, avec la terre d’où ils viennent et où ils retourneront dans le cycle sans fin de la réincarnation.

 

Elle raconte ces Funérailles célestes par lesquelles toute vie qui s’achève retourne à la vie qui continue. J’ai retrouvé la même relation mystique Homme/Nature qui perlait à toutes les pages de cet autre ouvrage extraordinaire dont j’ai déjà eu l’occasion de vous recommander chaudement la lecture : Le Totem du Loup de Jiang Rong !

 

On ne peut que regretter une écriture qui manque un peu de profondeur, qui n’est pas à la hauteur de ces montagnes tibétaines, de leurs sommets. Certes il s’agit d’un témoignage. Certes, après toutes ces années d’isolement dans ces familles vivant tellement en autarcie que les mots en deviennent souvent inutiles, après toutes ces années où, ajoutant le silence à l’impossibilité de communiquer dans son chinois natal, trouver des mots pouvait devenir difficile, Shu Wen a pu ne pas faire preuve de beaucoup de verve et de volubilité pour raconter son histoire. Peut être XINRAN a-t-elle eu raison de rester dans cette simplicité probable du récit originel ? Peut être toute autre enjolivement eut-il été déplacé ?

 

Shu Wen s’est éloignée et n’a pas fini de raconter son histoire jusqu’au bout à XINRAN mais cela importe peu ! Sans idéaliser naïvement le tableau qui nous est conté, sans lui conférer un caractère idyllique, il est évident que le morceau de vie de Shu Wen que raconte Funérailles Célestes est un morceau d’anthologie d’humanisme, de spiritualité et d’amour !

 

Merci Michel, mon ami, de m’avoir amené à découvrir ce témoignage que je m’empresse, à mon tour, de vous recommander ! Il n’est pas encore temps de désespérer totalement de l’Homme quand de tels faits nous sont narrés. Ce livre, je l’espère, contribuera à montrer un peu du chemin que nous devons suivre.


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