Galveston : fuite dans le Deep South

Xavier S. Thomann - 10.03.2014

Livre - Texas - Etats-Unis - Road Trip


Aux côtés de House of Cards, True Detective est La série du moment. En quelques épisodes, la dernière création d'HBO a su ravir le grand public et la quasi-totalité des critiques et autres spécialistes du petit écran. Un succès qui est dû en grande partie à la qualité des dialogues, magnifiquement interprétés par Matthew MaConaughey et Woody Harrelson. Ces dialogues, ainsi que le scénario, on les doit à Nic Pizzolatto. Cet ancien professeur de littérature à l'université a décidé de se consacrer entièrement à l'écriture et au genre qu'il affectionne : le roman noir. 

 

Nous nous sommes dit qu'entre deux épisodes, il était grand temps de relire Galveston, paru il y a quelques mois en poche. À sa sortie, en 2011, il avait reçu le Prix du premier roman étranger. À jute titre. Pizzolatto applique les mêmes recettes qui font l'intérêt de sa série : une atmosphère sombre et envoutante, un sens inné du dialogue et des personnages à l'humanité trouble. 

 

Galveston, c'est avant tout l'histoire d'une fuite. Roy Cady, petit gangster de la Nouvelle-Orléans, est envoyé dans un guet-apens par son boss. Il en réchappe de justesse et sauve une jeune prostituée, Rocky. Les deux compagnons d'infortune doivent quitter les lieux au plus vite. S'en suit un voyage qui les mènera au Texas, dans un motel du nom d'Emerald Shores

 

 

Ce qui frappe d'emblée, c'est l'atmosphère magnifiquement sombre et pesante. En Louisiane : « Il y a des endroits qui s'ouvrent à vous, mais La Nouvelle-Orléans n'avait rien d'un portail. La ville était une enclume à moitié enfouie qui produisait sa propre atmosphère» Au Texas aussi : « Le golfe bleu foncé était tacheté de napalm par un soleil qui se répandait sur des kilomètres. L'épaisseur de l'air en décuplait les rayons et les transformait en lames de couteau. Des pièces de monnaie brillaient dans toutes les lunettes de soleil. »

 

Cette atmosphère si particulière fait partie intégrante du style de Pizzolatto et devient un personnage à part entière. L'auteur sait créer une vision fantasmé, mais étrangement vraisemblable de l'Amérique des trailer parks  et des paumés, jeunes femmes en fuite et drogués qui zonent à la nuit tombée.

 

Du coup, on l'aura compris, le salut de ces deux parias, bientôt accompagnés par la petite sœur de Rocky, ne se fera pas sans mal. « Dès le début, ça a toujours été le foutoir, rien d'autre» Les États-Unis, terre d'espoir et d'opportunité ? Chez Pizzolatto, c'est tout le contraire. 

 

Du reste, Roy ressemble aux deux policiers de True Detective, en cela qu'il est un cliché du truand à la petite semaine doublé d'une vraie dose de profondeur et d'humanité. Donner de la profondeur psychologique à un personnage type de la littérature populaire relevait de la gageure. Pizzolatto remporte le défi haut la main. 

 

Idem pour l'intrigue. Pizzolatto joue sans cesse avec nos attentes.

 

À partir d'une situation initiale fort classique (le fameux règlement de compte qui tourne mal), il s'amuse à mélanger les genres et les temporalités, comme pour nous rappeler que le roman noir n'est pas un genre figé une fois pour toutes. Galveston tient à la fois du Road Trip, du polar, du drame. Et c'est toujours cohérent, voilà le tour de force.