Géométrie d'un rêve, Hubert Haddad

Clément Solym - 30.09.2009

Livre - geometrie - reve - Hubert


Il ne faut jamais se fier aux apparences. En dépit d’un titre évocateur de fine légèreté, Géométrie d’un Rêve se révèle aussi lourd et chargé qu’un œuf de Fabergé.

Écrit à la première personne sous forme de journal intime, ce mille-feuille étouffe le lecteur sous la crème des souvenirs d’un romancier reclus au fond de la Bretagne. Repoussé par Fédora, la cantatrice fantasque dont il est amoureux fou, le narrateur vit en ermite et reconstitue par bribes le fil de leur histoire. Sur cette trame, s’enchevêtrent sa liaison avec Amaya, la fille d’un yakuza, vécue le temps d’une année d’étude à Kyoto et sa propre tragédie d’orphelin sans mère, en butte avec un père dont il ne reçoit aucune affection.

Ses souvenirs ont plus d’éclat et de réalité que le morne présent, à peine pimenté d’un béguin pour Lavinia, la bibliothécaire du village. Seules ses créatures oniriques et les héros de ses romans partagent son quotidien.

Dès les premières pages, la plume devient plomb. Le parti-pris de délicatesse, à travers des mots choisis, des jeux de sonorités et un ton d’emblée lyrique, tombe à plat. L’impression d’ensemble est d’une mièvrerie qui touche à l’écœurement. Comme si vous dégustiez des guimauves. Légères et fondantes, délicatement aromatisées les premières bouchées, elles pèsent rapidement sur l’estomac et collent au palais.

Les doigts poisseux de tant de sucre adhèrent aux pages que l’on tourne chaque fois plus lentement, jusqu’à l’ultime 407ème qui nous délivre. On ne peut que regretter cet excès de préciosité, puisque certaines perles auraient gagné à être serties plus simplement.

L’absence de structure apparente, voulue par souci d’authenticité, de vraisemblance par rapport au journal intime, achève de clouer Géométrie d’un Rêve au sol. Les paragraphes n’emportent pas le propos, mais enchaînent d’erratiques réflexions sur la famille, l’amour et la mort, la solitude et le narcissique reflet recherché dans le regard d’autrui. On s’ennuie à la suite du narrateur, qui en Cassandre résignée prophétise à la toute fin : « Qui se souviendra de moi ? »

 

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