Givre noir, Pierre Pelot

Clément Solym - 28.08.2012

Livre - Givre noir - Pierre Pelot - Editions La Branche


Pierre Pelot, auteur prolifique français, écrit en tous genres : policier, science-fiction, littérature jeunesse… Givre noir est un polar et contrairement à ce que son titre pourrait suggérer, ce roman suinte de chaleur et de moiteur.

 

Il en émane une ambiance caniculaire, électrique pas franchement douce ni claire, où mensonges et fourberies, perversité et manipulations habitent des personnages de moins en moins fréquentables à mesure que l'histoire se déroule et laissent le lecteur en pleine déroute au final,  un peu sonné par le dénouement, contrarié, à un moment donné, d'avoir pu s'attacher si facilement à Mado, Stany et Nell sans pressentir de rien. Habileté de l'auteur ou imposture agaçante ? A vous de juger.

 

D'un côté, un journaliste  local, Gerbois, tente de recueillir des informations sur la fusillade qui a eu lieu dans un bar d'Epinal, blessant gravement une jeune fille, scolarisée à l'école de l'Image. C'est vendredi 13, il pleut. « Région de merde. Jour après jour, vous entendez les bulletins météo vous dire que tout est magnifique au sud de la Loire, mais qu'au dessus, par contre… Et vous êtes au dessus. »

 

D'autre part, c'est le Sénégal. Une chaleur infernale qui retarde le sommeil. « Dehors, l'été qui avait grillé plus fort que jamais tout au long du jour, couvait maintenant sous la nuit piquée de constellations de braises. » Un vieil homme, Stany, reçoit un coup de fil de sa femme, sortie seule, qui annonce son retour. Dans la maison sordide, il y a Nell, sa nièce avec qui il discute en attendant Mado. 

 

Deux pistes narratives qui vont progressivement se rejoindre jusqu'au dénouement. Le drame tourne donc autour de ce trio familial et d'un  jeune homme, Dustin, ramené à la maison par la tante. Une sorte de huis clos théâtral, assez étouffant, entre conversations acides et violentes, entre passions amoureuses et relations sensuelles, parfois malsaines où chaque personnage tente de prendre le pouvoir sur les autres. Une violence sourde, latente et une tragédie prête à exploser, dans la moiteur insupportable de la soirée. 

 

De jalousies en règlements de compte, les personnages sont prêts à tout ; nul n'est épargné par le remords, le doute ou la culpabilité et les combats sont féroces, laissant le lecteur sans parti pris, bien incapable de soutenir une quelconque moralité, à la recherche malgré tout d'un sentiment de justice,  vaguement nourri peut être par la quête du journaliste Gerbois.

 

Si la puissance des dialogues offre au roman une teneur toute théâtrale, ce livre est assez déconcertant dans l'ensemble. L'intrigue se déroule lentement, comme si la chaleur rendait tout mouvement difficile et au fil des pages, le lecteur perd peu à peu son entrain. Sa curiosité s'effrite et lorsque la vérité tombe, il n'est même pas surpris, comme en léthargie. Seul le bruit de la pluie le sortira de sa torpeur.