Glu, Irvine Welsh

Clément Solym - 30.03.2009

Livre - Glu - Irvine - Welsh


Après Trainspotting puis Porno, Irwine Welsh livre le dernier tome du tryptique: Glu donc. Un bout d’histoire de l’Écosse raconté à travers le parcours de quatre amis, leur famille et leur environnement en quatre décennies. On suit les aventures au travers des regards, du quotidien, de l’environnement politique, musical et culturel de quelques familles qui vont grandir, vieillir, vivre finalement au fur et à mesure des pages.

Le parfum de l’usine se mélange avec une culture musicale rock, pop, dico, dance puis electro. Tout commence avec les débuts du star-system qui marque une certaine insouciance… Les Trente Glorieuses : gloire, puissance et richesse représentent l’ère où tout est possible, le rêve ultime étant d’envoyer les tories (conservateurs) loin du pouvoir et de voir monter en force les travaillistes.
 

Ici pas de changement, la structure du récit est celle habituelle, à savoir chaque chapitre suit et décrit le point de vue de l’un des quatre protagonistes… et comme d’habitude, il est quelque peu difficile de s’y retrouver en amorçant le roman. Passé cette étape, on suit les tranches de vie insérées dans un contexte bien précis. On éprouve un malin plaisir à suivre le parcours des différents personnages au rythme de la culture urbaine et des flux musicaux qui défilent les années passant. Arrivent donc les années 80, début de crise, fermeture du sida, apparition du sida, normalisation des drogues en tout genre… changement de décor… rappel des écrits passés.
 

À partir de ce point, on se retrouve dans l’univers de Welsh : sexe, drogues, violence et nihilisme éventuellement comme d'habitude ; et bizarrement on ne s’en lasse toujours pas. Tout se mélange pour former une fois de plus un joyeux bordel dans une insouciance totale. Les centres d’intérêt restent les mêmes et sont propres à ceux de l’univers de Leeds, Newcastle et Édimbourg : football, si peu pour le jeu, mais tant pour les affrontements bien virils qui s’ensuivent ; la politique, si peu pour le personnage de Thatcher, mais plutôt pour son genre et sa réputation de matrone. Bien sûr, tout ça baigné à la sauce Starsky & Hutch.
 

Une histoire d’amis d’enfance qui une fois de plus dans cet univers ne se termine forcément pas par un happy end : la bière coule à flot, les drogues passent, changent mais ont toujours les mêmes effets. Certains meurent, d’autres se détruisent à petit feu tandis que d’autres essaient de relever la tête.
 

La force des récits de Welsh réside en sa capacité d’empathie : on se retrouve de façon permanente dans la peau des personnages. Ce ne peut que fonctionner : une histoire de petits durs, qui prétendent l’être ou ne rêvent que de le devenir, trempant leur goûter kit & kat dans leur tasse de thé. Toujours cette même description du quotidien et des tribulations d’ados et de jeunes adultes en pleine rébellion contre la société et ses symboles : école, parents, travail, normes… tout y passe. À tel point qu’il règne passant les chapitres une atmosphère de fatalité qui met mal à l’aise malgré les situations cocasses dans lesquelles se retrouvent les protagonistes.
 

Récit d’un parcours initiatique d’amis d’enfance qui voient peu à peu leurs rêves brisés passer les années ou comment la vie que l’on s’était imaginée ne correspond pas vraiment au résultat passé quelques années. Dans cette spirale, comment faire alors pour s’en sortir ? On pointe au chômage pour se voir proposer une opportunité à trois francs, six sous ? On se lance dans une carrière illusoire de sportif entouré de mafieux en tout genre ? Reste bien l’alcool et la drogue… quelqu’un aurait-il peut-être une meilleure idée, qui sait ? Ou alors, on peut se faire une sacrée petite fortune en dealant tout et n’importe quoi…

Voici ce qui résume assez bien la pensée générale de Glu : « Quelques années plus tôt, quand il y avait un tas de boulots manuels pour la classe ouvrière, un petit enculé comme lui aurait eu du travail à la pelle dans un magasin d’usine quelconque, il se serait tué à la tâche à transbahuter des trucs dans les baraques des riches. Mais il aurait travaillé dans la légalité. Aujourd’hui, à part le suicide, le crime est la seule alternative pour les mecs comme lui » (…).

Un monde qui une fois de plus nous fait rêver chez Welsh…


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