Gradisil, Adam Roberts

Clément Solym - 28.05.2008

Livre - Gradisil - Roberts - Bragelonne


Il était une fois, dans une époque pas franchement si éloignée de nous, mettons un peu moins de 50 ans, une jeune adolescente nommée Klara. Sa vie la prédestinait à vivre dans les Hautes-Landes, une sorte d’espace intermédiaire entre le sol de la planète Terre et… mettons la Lune, pour donner une approximation.

Grâce à des sortes d’avion étanches et légèrement modifiés, on peut désormais s’offrir un petit saut dans l’espace, voire même, si l’on s’en donne les moyens, s’offrir une bicoque dans laquelle on peut vivre. Tout particulièrement si l’on a quelque chose à se reprocher sur Terre et que dans son propre intérêt, il vaut mieux se faire oublier, les Hautes-Landes forment un asile fort appréciable.

Klara et son père n’appartiennent pas à ces habitants. Non. Eux, c’est le plaisir de quitter la Terre, de vivre en apesanteur, loin des contingences humaines et préoccupantes qui ont lieu au sol. Car tout en bas, la situation géopolitique sans être glauque n’en montre pas moins des signes assez alarmants de tensions multiples. Pour Klara et son papa, donc, les Hautes-Landes sont un asile de paix. Mais pour Kristin Janzen Kooistre, si. Elle a quelque chose à faire oublier.

Et plus encore une fois qu’elle tue le père de Klara. Vraiment, c’est pas sympa de sa part. Alors que la petite famille lui offrait de vivre le temps que cela se tasse pour elle, elle tue froidement son père. Non, mais dans quel monde vit-on si… Ah, au temps pour moi, c’est une tueuse en série. Bon, dans ce cas, elle est excusée, c’est son métier.

Voilà, voilà…

La suite ? Ah pardon. Oui, alors Klara va vouloir se venger, elle va vivre avec un homme plus vieux qui va tomber amoureux d’elle, ça va la gonfler et bilan des courses, elle va se tirer avec un autre, qui va la mettre enceinte. Complication inattendue, elle va devoir redescendre sur Terre pour accoucher et survivre du mieux qu’elle pourra avec sa fille. Parce que, oui, c’est une fille.

Voilà, voilà…

Et là, il n’y aura pas de suite : arrêtons les frais immédiatement. Mais procédons par ordre. La quatrième de couverture, celle que l’on consulte toujours et dont on dira toujours : « Ouais, ça reflète pas vraiment le livre. » Bon, ici, je pense qu’il y a simplement eu un bug : ce doit être celle d’un autre livre. Avec des éléments semblables, certes, mais d’un autre bouquin quand même.

Détail gênant, mais qui se résorberait vite sous le coup d’un livre passionnant, aux rebondissements multiples, ou au rythme suspendu et haletant, aux dialogues pertinents ou drôles, aux personnages hauts en couleur, aux profondes réflexions philosophico-sociales, et j’en passe, et fort heureusement j’en oublie… Parce qu’il n’y a rien de ce qui vient d’être énuméré dans ce livre. C’est fort regrettable, d’ailleurs, ça l’aurait rendu intéressant.

L’histoire est péniblement racontée, la narration à la première personne ne pas se pas, mais alors pas du tout, les péripéties sont flasques et mornes, c’est convenu, pénible et limite… ennuyeux. Et dans la seconde partie du livre, où l’on passe à l’histoire de la fille de Klara, c’est encore pire. Le tout est délayé de façon à ce que vraiment la lecture ne soit pas facilitée [euphémisme et soupirs…]

Mettons cela sur le compte du traducteur… Tout porte cependant à croire qu’il aurait bon dos, et j’aime pas casser du sucre trop facilement sur le dos des absents. Parce que finalement, la seule chose agréable dans Gradisil, c’est le titre : il vient d’un défaut de prononciation de Klara quand elle entend son père parler de l’Ygdrasill, l’arbre magique et enchanté.

Qu’aurait-il fallu pour que le lecteur se prenne au jeu ? Un peu plus de légèreté dans le texte, moins de lourdeurs descriptives de systèmes de voyages dont on se fiche, d’autant plus qu’ils sont incompréhensibles. Donner un peu plus de vie à un récit-confession qui devrait être alimenté par une subjectivité plus palpable, et moins robotique.

Bref, fallait juste réécrire le livre.

Mais comme c’est un peu plus long de le modifier, il aurait suffi de ne pas l’écrire…