Grand absent : Que reste-t-il de l'humain ?

Mimiche - 10.12.2014

Livre - Absurde - Humour - Homme


Avez-vous seulement pensé à (ou vécu) ce qui se passe lorsque vous perdez votre ticket de stationnement alors que vous voulez reprendre votre véhicule dans l'un des immenses parkings d'un aéroport ? Tout ce qui est déployé pour vérifier vos affirmations sur la date d'arrivée, la voiture, la place, etc,… ? Point de préposé pour effectuer les contrôles : juste un petit robot qui vient vérifier, analyser, photographier, enregistrer, comparer, faire appel aux enregistrements des caméras de surveillance et finalement infirmer ou confirmer vos affirmations et, seulement dans ce dernier cas, délivrer le sésame : un ticket de substitution !

 

Avez-vous participé à un stage de sensibilisation pour conducteurs assez indélicats, inciviques ou indisciplinés pour tomber sous le coup de l'une des innombrables infractions conduisant à la perte d'une proportion excessive voire totale des douze petits points associés au permis de conduire ? Un barème invraisemblable qui intègre tout ce qui a pu jusqu'alors être constaté « partant du principe que tout ce qui a pu être fait a été fait », y compris de conduire en tongs, en état d'ivresse avec un bébé dans les bras ! Tous ces stagiaires qui sont là restent convaincus que le plus grand danger sur la route, ce sont les autres !

 

Avez-vous déjà réservé une chambre d'hôtel dans l'une de ces chaînes qui fleurissent à la lisière des agglomérations, pour une nuit, un après-midi galant, une rencontre tarifée, … ? Autre ? Le décor impersonnel, aseptisé, mille fois reproduit (autant de fois que de chambre dans autant d'hôtels) est si prévisible que, ici ou ailleurs, ce sera toujours la même pièce, le même tableau, le même lit, les mêmes abat-jours. 

 

Dans ces quatorze petits textes sans véritable lien entre eux, Laurent GRAFF se promène dans l'inhumanité à laquelle l'Homme se destine avec beaucoup de constance et d'imagination.

 

Même Parfum-de-noisette-après-la-pluie, la petite fourmi un peu anticonformiste, a du mal à se convaincre que la sécurité de la règle, du carcan hiérarchique de la fourmilière n'est pas tellement plus rassurant que l'inconnu et l'improvisation.

 

Avec un humour malgré tout assez sinistre, Laurent GRAFF épingle l'Homme à ses travers dans un monde tellement policé que même les romans deviennent automatisés dans leur écriture où le travail d'imagination n'a plus lieu puisque la machine se charge de proposer à chaque ligne plus d'option que ne saurait en concevoir un écrivain (c'est devenu quoi, ça, d'ailleurs ?) dans sa chambre sous les toits, dans la solitude de sa page blanche (si vous ne lisez rien d'autre, lisez seulement le chapitre 12, il est assez superbe).

 

Et finalement, si son petit livre est réjouissant, il n'en reste cependant pas moins inquiétant dans la mesure où il dessine sous nos yeux un monde impersonnel qui ne devrait pas plaire à tous les individualistes que nous sommes.

 

Est-ce justement pour faire éclore le Parfum-de-noisette-après-la-pluie qui sommeille en nous que Laurent GRAFF dénonce ce Grand Absent ?