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Habiter en oiseau, ou vivre ensemble côte à côte

Mimiche - 20.01.2020

Livre - habiter oiseau - Vinciane Despret - oiseaux territoire societe


Encore un opus de l’excellente collection « Mondes Sauvages » chez Actes Sud ! Après les Loups, les Ours, les Éléphants, les Cachalots, les Chimpanzés,… ce sont les Oiseaux qui sont à l’honneur sous la plume (si j’ose dire !) vivante et particulièrement affûtée de Vinciane Despret qui aborde le sujet de la territorialité avec son œil de philosophe, bien décidée à changer notre regard.

Et nous faire regarder, voir, entendre autrement les comportements des oiseaux, leurs chants, leurs manifestations diverses en présence de membres de leur espèce et jusqu’aux autres espèces voisines, co-habitantes.



 
Parsemé de quelques « coups de griffes » (j’ose encore...) personnels sur des points très divers abordés dans le cours de la réflexion où elle veut nous entraîner (un coup par-ci à Michel Serres, un coup par-là à Gilles Deleuze, un autre aux anti-féministes qui n’ont accordé du crédit aux observations comportementales des oiseaux faites par des femmes qu’à reculons !), son propos s’appuie sur une multitude d’études diverses réalisées à partir de l’observation des oiseaux et d’un constat déterminant.

Aors que « les mammifères sont passés maîtres dans l’usage de la métaphore in absentia — les traces évoquent, les animaux se rendent présents sans y être — les oiseaux [ont] fait le choix du littéral : “j’y suis”, tout est prétexte pour donner à voir et à entendre ». Pour les premiers, le message est la présence dans l’absence (la « présence historique »), pour les seconds, leur grande mobilité les autorise à être présents partout en permanence (la « présence actuelle »).

Ce qui lui permet de considérer les « traces laissées » comme des extensions de soi par l’animal terrestre, d’envisager le territoire autant comme « soi » que comme « sien » et, ainsi, faire les premiers pas sur des chemins de traverse qui vont l’amener à donner au territoire une vocation plus sociale, plus socialisante que seulement « appropriative ».

Progressivement, elle va, sur les traces d’ornithologues de plus en plus nombreux, battre en brèche les justifications exclusives de comportements d’oiseaux par la seule occupation d’une zone pour la reproduction ou la disponibilité de nourriture. Elle y adjoint de nouveaux comportements sociaux destinés à gérer le « vivre ensemble côte à côte » sur des frontières plutôt élastiques où se joue un jeu de représentation, une sorte de théâtre, qui dit aux uns et aux autres, en accompagnements chantés, à destination de congénères mâles ou femelles, tout un message de voisinage, de cohabitation.
 
La territorialisation ne peut pas non plus être seulement vue comme un des moyens de gérer une éventuelle surpopulation qui appauvrirait le milieu et mettrait en péril la survie de tous par une exploitation excessive des ressources disponibles. Car la sous-population peut, de la même manière que la surpopulation, se traduire par un déclin global de la population du fait de sa vulnérabilité – Vinciane Despret cite, à ce sujet, les expériences des Amish qui définissaient un seuil minimal de population pour garantir le succès d’une installation.

Et le chant, que devient-il dans tout cela ? L’image qu’elle propose est assez parlante pour être rapportée. Le chant peut être vu comme une extension de soi, il fait territoire, il est le territoire et l’oiseau avec lui ! Comme la toile de l’araignée qui « étend les limites du corps (…) dans l’espace (…) qui était jusque là un milieu ou un autour [et qui] devient non pas une propriété de l’araignée au sens usuel, mais une propriété au sens de ce qui lui est propre ».

Ainsi la possession même d’un territoire est autant possession par le territoire. Appropriation de l’un par l’autre et de l’autre par l’un.

Une vision multipliant résolument les interprétations des comportements pour que, comme le synthétise Baptiste Morizot en postface au livre, celles-ci « s’accumulent et se composent au lieu de s’annuler ». Jusqu’à explorer une socialisation inter-espèces sur un même territoire.

Au fond, tout cela devient, au fil de sa pensée et des pages, tellement évident qu’on peine à imaginer ne pas continuer à explorer les choses dans ses traces. Sans pour autant, comme elle s’en défend, enfourcher des travers anthropomorphiques afin de rechercher (et, forcément, de manière totalement erronée, trouver) des leçons à tirer pour les comportements humains.


Vinciane Despret – Habiter en oiseau – Actes Sud – 9782330126735 – 20 €


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