Helmut Berger, le plus bel homme du monde

Félicia-France Doumayrenc - 07.04.2015

Livre - Helmut Berger - acteur cinéma - Visconti


« Où allons-nous ? Toujours chez nous. »

 

C'est ainsi que se termine le long récit d'Helmut Berger par cette phrase de Novalis. Les éditions Séguier publient cette autobiographie datant de 1998 actualisée par un long chapitre sur l'un des derniers rôles de l'acteur qui joue avec une justesse poignante un Yves Saint-Laurent vieillissant dans le magnifique film Saint Laurent de Bertrand Bonello. 

 

On ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre le créateur de mode et l'acteur. Même vie dissolue, mêmes goûts pour l'esthétisme, mêmes provocations et dérives.

 

Se plonger dans une autobiographie, c'est admettre notre voyeurisme, c'est d'autant plus flagrant quand la personne dont on lit la vie est encore en vie.

 

Dans, ce cas présent, il s'agit Helmut Berger, homme célébré, connu et reconnu par tous femmes et hommes pour sa beauté (il a été décrété le plus bel homme du monde) et surtout aimé par un des plus grands cinéastes italiens, Luchino Visconti. Ce dernier le fera connaître du grand public dans trois de ses plus grands films, Les damnés, Violence et Passion et Ludwig, où Helmut Berger, dirigé de la main du Maître et amant au côté de la magnifique Romy Schneider qui reprend comme par une pirouette, à la demande du cinéaste, son rôle de Sissi et nous offre une vision et un jeu aboutis loin des mièvreries encrinolées de sa jeunesse, joue son meilleur rôle tant il est éblouissant de justesse dans son interprétation du roi de Bavière, rôle qu'il reprendra en 1993 dans Ludwig 1881 et qui le hantera toute sa vie.

 

Pourtant, rien ne prédestinait le jeune Helmut Steinberger dont les parents tenaient une brasserie/pension, à une carrière de comédien de renommée mondiale.

 

Seules sa détermination et son envie de devenir acteur lui permettent d'échapper à une carrière dans l'hôtellerie : c'est le photographe David Bailey qui, le remarquant dans un bar en 1963, influe sur sa destinée en faisant ses premières photos qui le font, un temps, plonger dans une carrière de mannequin. Il l'abandonne bien vite pour suivre des cours de comédie, même si ses photos de nu, dont celles si connues d'Helmut Newton, sont encore dans toutes les mémoires.

 

Destinée hors du commun puisqu'il rencontre l'année suivante celui qui fut et restera le grand amour de sa vie, Luchino Visconti. Avec le maître, esthète par excellence il découvre le beau, le luxe et sort, dit-il, « de ce statut d'enfant mal élevé, j'aimais tout ce qu'il trouvait moche ».

 

Cette passion hors du commun transcende tant la vie que le jeu de Berger, qui reçoit pour son interprétation en 1970 dans le film de Vittorio De Sica, Le Jardin des Finzi-Contini, un oscar. Mais sa vie bascule à la mort de Luchino Visconti, quand il se décrit comme « veuve à trente-deux ans ».

 

Ne demandant rien à la famille, il n'obtient rien de l'héritage de celui-ci alors qu'il en a légalement le droit. Ce deuil le bouleverse au point tel qu'un an après sa mort, le 17 mars 1977, il fait une tentative de suicide qui est une espèce d'électrochoc puisqu'il écrit « au réveil, ma dépression s'en était allée ».

 

La vie d'Helmut Berger est fascinante parce qu'elle ressemble à un film de Visconti, tout se passe dans le luxe, la volupté, mais, avec une nuance de taille, l'absence de calme. Berger aime les excès et consomme drogue, alcools et nourritures avec un appétit sensuel.

 

 

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T Helmut Berger - Wei, CC BY 2.0

 

 

Il fait partie de cette jet société où se trament le pire et le meilleur et, malgré son amour pour Visconti, il entretient des liaisons durables avec Marisa Berenson et Britt Eklandd, amours connues par Visconti qui n'en prend pas ombrage.

 

Les mémoires d'Helmut Berger sont sans complaisance vis-à-vis de lui-même ; lucide, il nous fait découvrir tout un côté du cinéma ignoré du grand public. En effet, celui-ci sera ami avec les grandes stars de son époque : Noureev, Maria Callas, Onassis, Grace Kelly, Jack Nicholson, mais il ne sera jamais l'intime d'Alain Delon qui désirait lui prendre l'amour de Visconti.

 

Les premières phrases du livre : « Ceux qui me côtoient connaissent ma double redoutable ambivalence : je peux être l'homme le plus gentil, comme le plus désagréable » le définissent parfaitement et on entre dans celui-ci comme dans une ouverture symphonique.

 

Ce texte sorti pour les soixante-dix ans de l'acteur où l'homme se décrit sans se faire aucune concession nous permet de voir avec un œil autre les coulisses du cinéma international. C'est une biographie poignante dont le lecteur ne sort pas indemne et qui, surtout, donne une furieuse envie de revoir tous les films d'Helmut Berger et de Luchino Visconti.