Histoire d'un Brésilien devenu “Pistoleiro”, qui tua 492 personnes

Nicolas Gary - 03.01.2018

Livre - confession tueur gages - assassinat brésil travail - communisme brésil chasse


Personne n’oublie les paroles de Jean Rostand : « On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un dieu. » Mais si l’on en tue à peine quelques centaines, quelle place occupe-t-on ? Celle du pauvre bougre qui, au Brésil, a choisi la carrière d’assassin, pour vivre. Tueur à gages, un métier qui faisait recette.

 



 

Le livre de Klester Cavalcanti est sorti en 2006 — autant dire qu’il a fallu un certain délai pour que le public français le découvre. L’histoire est celle, somme toute banale — et c’est déjà troublant de l’admettre — d’un Pistoleiro, un tueur à gages. Un client se manifeste, paye d’avance, et le Pistoleiro s’acquitte de sa mission. 

 

Entre l’âge de 17 ans, et celui où il a décidé de prendre sa retraite, en 2006, Júlio Santana aura tué 492 personnes — dont une, par erreur. C’est à partir de 1999 que le journaliste brésilien Klester Cavalcanti va régulièrement interviewer cet homme : durant sept années, leurs échanges n’auront lieu qu’au téléphone. Et en 2006, annonçant qu’il quitte le pays avec femme et enfants, Santana accepte de rencontrer le journaliste, qui publiera dans la foulée ce livre à couper le souffle.

 

À l’époque, et la question a toujours autant de puissance, demandait l’auteur : « Comment se fait-il que dans l’une des plus grandes économies du monde, un pays qui grandit et gagne en prestige, un pays tel que le Brésil, un tueur qui a assassiné près de 500 personnes, soit toujours en liberté ? »

 

Né dans la jungle, quasi, Júlio a vécu dans le village d’Araguaia : il chasse pour nourrir la famille et reçoit régulièrement la visite de son oncle chéri, Cicero. En 1971, son destin bascule : l’oncle, engagé par contrat pour assassiner un pêcheur, est frappé de la malaria. C’est à Júlio que reviendra d’appuyer sur la détente, pour que son oncle ne paye pas de sa propre vie d’avoir déshonoré un engagement. Il a alors 17 ans. 

 

Si la lecture s’opère comme celle d’un roman historico-policier, il faut garder à l’esprit que tout est vrai. Au cours de ses années de travail, Júlio Santana a conservé sur un carnet les noms, montants gagnés et commanditaires de tous les meurtres perpétrés. Et il n’aura été arrêté qu’une seule fois, en 1987 — un événement qui lui coûtera sa Honda rouge, offerte en pot-de-vin au chef de la police…
 

[Extraits] 492 ; confessions d'un tueur à gages de Klester Cavalcanti 

 

Plus troublant, Calvalcanti brosse le portrait d’un père de famille attentionné, à l’écoute de son épouse, aimant vis-à-vis de ses enfants, et très religieux. Après chaque mort, son oncle lui apprit qu’il devait réciter 10 Notre Père et 20 Je vous Salue Marie, pour être pardonné d’avoir enfreint le Tu ne tueras point… Une vie presque insipide, bien que jalonnée de morts.

 

Pistoleiro, ce n’était qu’un métier, un travail comme la mine, où l’on ne met pas de sentiment ni de réflexion : la seule chose qui pousse à agir, c’est l’appât du gain. Júlio Santana voulait ce que son oncle avait : un hors-bord pour remonter le fleuve, une maison et une grande boîte en métal qui garde l’eau au frais. Un frigo en somme…

 

L’immersion est totale, et les pas du lecteur se glissent insensiblement dans ceuxde l’adolescent, devenu Pistoleiro malgré lui, comme frappé par la fatalité… « J’ai été sidérée, par le personnage et surtout la façon de raconter, la qualité littéraire du texte et ce que ce texte révèle sur la société brésilienne (les commanditaires) et les débuts du tueur à gages payé par l’armée pour participer à la répression de la guérilla de l’Araguaia », nous précise Anne-Marie Métailié, l’éditrice.

 

La maison avait précédemment publié deux textes sur ce sujet d’Adriana Lisboa et de Guiomar de Grammont. « J’ai lu d’une traite puis je suis allée voir qui était Klester Cavalcanti et j’ai découvert un grand reporter d’investigation comme on en rêve, récompensé par des prix de journalisme, mais aussi des prix littéraires prestigieux (Jabuti). »


Une adaptation a été réalisée par Henrique Goldman, O nome da morte, présentée l'an passé au Festival de Rio. La sortie devrait intervenir au printemps en France.

 

 

 

Klester Cavalcanti, avec Júlio Santana, trad. Hubert Tezenas – 492 ; confessions d’un tueur à gages – Editions Métailié – 18 € / ebook 12,99 €


Commentaires

Haha drôle d'histoire cool hmm

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