Histoires d'ici et d'ailleurs, Luis Sepulveda

Clément Solym - 22.08.2011

Livre - histoire - chili - enfant


Vingt-cinq petits textes composent ce recueil. Il ne s’agit nullement de petites nouvelles. À moins de ne considérer le mot nouvelle au sens purement informatif de celui-ci.

Ce sont des histoires, vraies, qui se succèdent sans véritable chronologie, au seul plaisir, semble-t-il, de les voir accolées ensemble et dont la traduction de Bertille Hansberg a conservé toute la force, la profondeur, la sincérité.

Des histoires personnelles d’un homme qui a franchi, du haut de ses soixante ans, nombre de révolutions sud-américaines, des exils nombreux et longs, l’éloignement de son Chili natal.

D’autres qui sont plus le reflet d’une vision du monde qui change. Et il n’est certainement pas exagéré de penser que l’auteur ne considère pas que ce soit pour aller vers ce meilleur des mondes pour lequel sa vie de combats directs ou indirects a été vouée.

L’un qui raconte la naissance, le mûrissement long et progressif de ce qui deviendra un jour un merveilleux bouquin « Le Vieux Qui Lisait Des Romans d’Amour » (que je vous recommande au passage...).


L’autre qui parle d’une rencontre avec celle qui est devenue, depuis, son éditrice attitrée en France, Anne Marie Métailié dont j’avais entendu, sur France Inter, une interview préalable à la parution du livre. Il semble, là aussi, assez évident que chacun, auteur et éditrice, aient subi une sorte de séduction réciproque, profonde et durable.

Dans tous ces textes, il transpire une humanité profonde de l’homme capable de raconter à ses chiens certaines belles histoires de vies de chien, mais d’hésiter à leur en raconter d’autres trop tristes. Un peu comme Pagnol qui recommandait de ne pas raconter toutes les noirceurs de la vie aux enfants !

Son humanité, c’est celle des combats multiples pour la liberté, la culture, l’épanouissement. Avec parfois un peu de naïveté quand il s’agira de concevoir, pour une chaîne de télévision, un très important programme culturel se réduisant rapidement à quinze malheureuses minutes de questions ineptes sponsorisées par une firme quelconque.

Son humanité, c’est sa compassion pour cette jolie Miss, morte sur une table d’opération censée la rendre encore plus belle et lui apporter de quoi sortir un peu de sa misère.
Las ! Elle perdra tout avec la vie et contribuera aussi, par son décès, aux pertes substantielles de son soi-disant manager.

Son humanité, ce sont des liens tissés tout au long d’une vie chargée de hauts et de bas avec d’autres artistes, d’autres écrivains, d’autres compagnons de lutte, d’autres amis éperdus eux aussi de liberté, de grands desseins, de grandes ambitions politiques...


Mais ce sont aussi quelques magnifiques « coups de gueule » à l’égard de certains faits, gestes et comportements. Que ce soit au sujet de la destruction d’une maison emblématique. Que ce soit à l’égard de certains vieillards séniles à l’arrogance et à l’insolence abjectes.

Un vrai rayon de soleil plein de hargne salutaire ! Il est bon d’entendre encore des cris poussés par des hommes qui nous empêchent de nous endormir, de nous laisser anesthésier : avec ses gants de boxe sur la couverture, Luis SEPULVEDA nous incite à toujours plus de vigilance afin de protéger cette liberté pour laquelle il s’est toujours battu.

Des témoignages à lire et à méditer.