Humeurs: Alerte! Chaque jour un peu moins... Pauvre librairie!

Les ensablés - 17.09.2014

Livre - Bel - Delamain - Librairie


Librairie Delamain, il y a 100 ans

Librairie Delamain, il y a 100 ans

 

Chers lecteurs,

on ne peut fréquenter toutes les librairies de Paris. Je ne connais que de loin la fameuse librairie Delamain. Elle est nichée entre le Louvre et la Comédie Française, face à une station de métro. Je ne m'y suis arrêté qu'une fois, et j'avais apprécié son choix de livres et son odeur. Et aussi le fait de savoir que tant d'hommes de lettres l'ont fréquentée. Et voilà que j'apprends que le propriétaire de ses murs, un fonds qatarien appelé Constellations Hotels Holding (in english of course), a décidé de doubler le loyer payé par la librairie, la mettant dans l'obligation de fermer.

 

Après tout, pour ce fonds qatarien,rien ne serait plus souhaitable que cette fermeture. Proche d'un grand hôtel de la capitale, il aurait tôt fait de trouver un groupe (habilleur/tailleur/maroquinier) ravi de louer à un prix bien supérieur les murs de la librairie. Bientôt, transformé en temple du luxe, l'on y verrait affluer les mannequins filiformes et les matures sur le retour, enfin toutes ces personnes, hélas, qui n'ont jamais fréquenté l'antique Maison Delamain (d’ailleurs, en sortant du grand hôtel du Louvre, l’ont-elle jamais aperçue, tout à leurs pensées des achats à venir, crème, parfum, sacs, robes ?).

 

Il faut savoir que l’usurier qatarien, Constellations Hotels Holdings, appartient indirectement à QIA, fonds souverain détenu par l'Etat du Qatar, dont les préoccupations n'ont jamais été, on s'en doute, très culturelles. D'ailleurs culture et Qatar, je dois le dire sont des mots qui vont très mal ensemble, très mal ensemble...

 

Librairie Delamain 100 ans après

Librairie Delamain 100 ans après

 

Dans un premier temps, j'ai envie de m'en prendre à ce pauvre Qatar. Ce serait injuste. S'en prend-t-on à quelqu'un parce qu'il est ignorant? Reproche-t-on à un enfant qui ne sait pas lire le fait qu’il ne s’intéresse pas au livre? Non, bien sûr. Le Qatar est d'une autre planète que la nôtre: il ne produit pas de livres, mais de l'argent, toujours plus d'argent!

 

S'il faut s'en prendre à quelqu'un, c'est à nous-mêmes: le Français est devenu miteux, il faut bien l'admettre, comme il faut admettre que le Qatar ne fait que profiter d'une situation dont il n'est absolument pas coupable. Car nous sommes responsables de ce qui nous arrive. Peu à peu, le déclin s'affirme, commencé au début des années 80, il se poursuit sans que rien ne l'arrête. Une à une les grandes librairies mythiques ont fermé, (sauf à être momifiées en étant déclarées monuments historiques). Je lis actuellement les souvenirs de Francis Carco "Retour sur moi-même" (1957, Albin Michel). Parlant de la rue de Seine dans les années 1910, il écrit : "Les boutiques des marchands de tableaux n'étaient pas, certes, aussi nombreuses qu'aujourd'hui; en revanche, celles des antiquaires, des bouquinistes se succédaient presque à se toucher (p64)."

 

Allez vous promener Rue de Seine aujourd'hui, et comptez les libraires...Plus personne ne lit, plus personne ne s'intéresse à la langue française, sinon pour rire de ceux qui la défendent. On fait passer le "bizenesse" avant toute chose (voir l'article passionnant de Paul Loubières à ce sujet, en cliquant ici). C'est un choix, mais tout cela conduit à de moins en moins de lecteurs et, par conséquent, à de plus en plus de librairies en faillite.Ce que je vous dis, je le sais ne sert à rien. Nous avons perdu la main. Mais je suis près à soutenir la librairie Delamain. Que faire pour elle?