Humeurs de Noël à Strasbourg

Les ensablés - 26.12.2011

Livre


Chers lecteurs, Je vous souhaite à tous de belles fêtes de fin d'année. Le blog réouvrira à la rentrée. Noël est déjà passé. J'étais à Strasbourg, "capitale de Noël" comme l'écrivent les catalogues du tourisme. Tout est fait, effectivement, pour nous rappeler Noël dans cette ville superbe. Pas moyen d'y échapper. La veille, dès midi, impossible de circuler devant la cathédrale. On y voit des meutes de touristes aux chefs ornés de bonnets de père Noël, de serre-têtes en forme de ramures. D'autres, encore, portent de fausses nattes blondes. Sur le parvis, les hommes déguisés en en pères Noël... Des Japonais se font prendre en photo avec eux. Dans les petits chalets, des objets d'artisanat, des porcelaines, des guirlandes, des tableaux naïfs... Je me demande qui peut acheter ça.  Partout, cela sent le vin chaud, la canelle, et la gauffre. Mais si on lève la tête, on voit l'énorme façade rouge de la cathédrale... Assiégée par des ribambelles de touristes qui veulent la visiter. Cela fait partie du décor. Le temple est donc devant l'église; l'argent coule à flot. Depuis des années, la ville a développé ses infrastructures pour accueillir toujours plus de touristes. Un million qui durant trois semaines battent le pavé, faisant le tour de "la petite France" si bien rénovée qu'elle pourrait être une reproduction de la Petite France introduite dans un parc d'attraction chinois ou américain. D'abord contents puis ressaisis par l'inévitable ennui, par l'énervement causé par les enfants qui courent, les adolescents qui boudent, les touristes crient: "Viens ici, reviens!", "Tu vas recevoir une fessée!" "Qu'est-ce qu'il y a encore?" Menées par les mères sûres de leur droit, les poussettes bousculent les célibataires. On avance au pas, lentement. On parlait de tout et de rien avec le beau-frère, et voilà qu'à force de faire du sur place, on ne sait plus quoi lui dire. L'ennui renaît dans les restaurants engorgés, trop chauds. On attend longtemps, toujours déçus par la cuisine bâclée. On dépense son argent en guise de distraction. Le souci d'économie fait relâche, on sait qu'on a tort, qu'on obéit à l'injonction commerciale. Noël, hélas, ne change pas le monde, ni la femme imprudemment épousée vingt ans plus tôt, ni la perspective du travail qui reprendra bientôt, ni le mari qui boit bière sur bière, ni l'enfant mal élevé dont on ne sait que faire, ni la vie elle-même: Noël est un jour comme les autres. Pas de miracle. Malgré l'excitation, au fond des coeurs touristes, couvent les déceptions des années.  Mais tout de même, on espère, emporté par des bouffées de souvenirs. Le soir venu, à table, il y aura bien un instant de magie? Demain, devant le sapin aussi, quand on verra les petits enfants se précipiter...? Cela les porte un peu, les touristes: les visages sont plus détendus. Ah, si l'on pouvait redevenir enfant, voir autrement les choses, sentir l'extraordinaire, le merveilleux, dans le déroulé de ce jour qu'on sait maintenant comme les autres, alors qu'autrefois...! Les enfants, croit-on, voient le miracle à chaque instant qui passe. Il leur suffit d'ouvrir les yeux. Ils voient les lumières, entendent les cloches, sentent les bonnes odeurs de cuisine. Papa qui est gentil aujourd'hui, et maman qui fait du gâteau... Finalement, on passera une belle journée de Noël. On se souviendra avec émotion de la cathédrale, du marché de Noël qu'on a visités la veille, des cadeaux qui nous attendaient; et l'ennui lui-même qui nous possédait alors, aura, au moment de reprendre la tâche, un parfum de liberté. Bonne année à tous.


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