Humeurs: le franglais de tous les jours, "by passer" la Love Intelligence...

Les ensablés - 03.07.2012

Livre


Hier soir, chers lecteurs, je regarde les informations. A côté des informations sérieuses, voici un reportage sur les couples qui durent. Comment faire pour faire durer son couple? Question capitale qui apporte des réponses immédiates: écouter l'autre, parler à l'autre etc. On est parti sur trois minutes de discours lénifiants, mille fois entendus. Mais non, car voilà une spécialiste qui intervient. Je regarde son visage, baille, et puis je lis son titre, car elle a un titre, et là je n'en reviens pas. Cette dame est "coach en Love Intelligence". Il est vrai que l'anglais permet souvent de dissimuler un contenu stupide, comme c'est le cas des chansons où "baby", à l'oreille française, est évidemment mieux que "bébé" . Au moins, cela veut dire quelque chose, bébé, même si c'est ridicule. Je me dis parfois que la télévision devrait placer des sous-titres français sous les chansons en anglais: leur fréquente stupidité abyssale éclaterait au grand jour et dégoûterait bien quelques Français. Cette fois-ci, j'ai le sentiment qu'on atteint le summum. "Coach", pour le quidam, c'est mieux que le mot "entraîneur"... Va pour "coach"... Mais Love Intelligence qu'est-ce que cela veut dire? Je ne trouve pas, je suis consterné, exaspéré: nous en arrivons à cacher le néant par des mots anglais pour en faire quelque chose! Pour le coup, les anglo-saxons n'y sont pour rien. Personne n'a obligé cette dame à prendre ce titre. Si elle l'a pris, c'est parce qu'elle pense que cela fait bien, cela sonne bien, cela plaît aux éventuels clients. Notre langue meurt à cause des Français eux-mêmes. Pourquoi? Disparition de la culture, de la grammaire, de l'amour du mot juste. A quoi bon les mots justes, si la pensée que nous avons à exprimer n'en nécessite aucun? L'utilisation croissante, inéluctable, des mots anglais est proportionnelle à l'inculture grandissante des soi-disant élites. Etiemble avait, dès 1967, aperçu le péril. Il lutta comme il pouvait, mais il ne pouvait pas grand-chose. Tout comme moi. Si j'ai de la patience, chers lecteurs, je vous livrerai régulièrement les néologismes franglais que j'entends de plus en plus souvent. Un jeu peut-être utile? Ce sera en tous les cas, à mon petit niveau, participer à la lutte désespérée de Etiemble et de tant d'autres. Tiens, en voici un, de plus en plus utilisé: "by passer". On "by passe" une procédure, un chemin. Tout cela pour dire "contourner", "court-circuiter". Pourquoi est-il apparu? Voilà un mystère. Signalons que se tient ces jours-ci le premier forum mondial sur la langue française. Le secrétaire général de la Francophonie a déclaré: "Nous devons être des indignés linguistiques". Je sens qu'un de ces jours, j'irai planter ma tente devant l'ONU et Wall Street.