Iceberg Memories, Ophélie Jaësan

Clément Solym - 20.11.2009

Livre - iceberg - memories - ophelie


Iceberg Memories ! Il n’est pas si fréquent qu’un titre de livre représente avec autant de pertinence le contenu des pages qu’il introduit. Memories, ce sont les souvenirs. Iceberg, c’est dix pour cent de visible pour quatre-vingt-dix pour cent de caché. Je me demande simplement s’il existe un coin, en Argentine, où rencontrer des icebergs.

Ophélie JAËSAN, avec un nombre de pages réduit à sa plus simple expression, laisse à imaginer un drame, des drames, des épisodes dramatiques, qui se sont déroulés et qui ont marqué au fer rouge ceux et celles qui les ont vécus, éprouvés jusque dans leur chair, subis jusque dans leur âme. Ce sont les soubresauts de la junte argentine et de ceux et celles qui en ont été les témoins, les acteurs, les victimes, qui sont la toile de fond de cette succession de portraits de femmes.

Trois générations de femmes se succèdent, qui ont traversé cette période troublée de manières bien différentes, selon des points de vue tellement marqués par leurs expériences personnelles. Des prénoms qui s’égrènent : Katarina, Luisa, Mona, Katia, Lisa. Mona, Luisa. Mona, Lisa ! Faut-il voir derrière cette succession de titres de chapitres un sourire mystérieux qui vient glacer (Iceberg) le souvenir (Memories) pour l’enterrer avant qu’il ne finisse par détruire tout ce que les évènements passés n’ont pas déjà irrémédiablement détruit ?

Une de ces femmes meurt de chagrin en restant au pays. Chagrin d’avoir perdu ses deux filles : l’une arrêtée et disparue comme tant d’autres sans espoir de retour, et l’autre partie (enfuie !) en France. Cette dernière s’éveille toutes les nuits en hurlant au sortir de ses cauchemars que l’éloignement outre-Atlantique n’arrive pas à calmer, à exorciser. Des cauchemars qui ne sont qu’une résurgence d’une réalité abominable.

Deux sœurs peinent à imaginer, à comprendre, le pourquoi de cet exil et s’en accommodent chacune à sa manière, conservant ce pays au plus près de leur cœur. « Don’t cry for me… ». Memories ! Il existe des choses qui ne peuvent s’oublier mais que l’esprit ne consent plus à maintenir à la surface de la conscience, qu’il s’auto contraint à cacher. Iceberg ! L’écriture comme thérapeutique et le feu pour la purification. La disparition dans les fumerolles de ce qui « ne peut être dit deux fois » et qu’une tentative de traitement par l’écriture n’effacera pas.

Gommer les horreurs de l’Histoire, mais ne pas oublier. Ne pas tout oublier ! Il est important de transmettre cette mémoire aux générations futures afin qu’elles en gardent une conscience vivante et contribuent, si tant est que cela soit possible, à éviter qu’elles ne se renouvellent comme l’Histoire aime tant à le faire pour ennuyer les Hommes (qui, malheureusement, y mettent souvent bien du leur pour l’aider chaque fois qu’ils en ont l’occasion).

Dans mes dernières lectures, beaucoup de très belles pages auront eu l’accent sud-américain. Soit par leur auteur. Soit par leur propos. Ces pages d’Ophélie JAËSAN en font partie. Un grand merci à mon petit camarade Clément Solym qui m’a conseillé ce livre et m’a laissé, ensuite, le plaisir d’en faire l’éloge afin de vous donner, à vous aussi, l’envie de le découvrir à votre tour. J’espère y être parvenu.

Écrit avec parcimonie et délicatesse, il laisse, mieux encore qu’un long discours, une empreinte glacée et glaçante. Le livre reste un peu cher, tout de même, pour 67 pages... (un extrait est disponible au téléchargement)

 

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