Ienisseï : voyage en Russie inconnue

Xavier S. Thomann - 03.02.2014

Livre - Christian Garcin - Russie - Goulag


Dans son ouvrage le plus récent, Christian Garcin nous livre le récit de ses pérégrinations en Russie. L'auteur a entrepris de suivre le cours du fleuve Ienisseï, de Krasnoïarsk à son embouchure dans l'Arctique. Au programme : d'anciens goulags, des cités minières, des villes-usine. Un panorama de l'ennui, de l'abandon et de la monotonie qui règnent. Mais quelques moments de grâce aussi parsèment Ienisseï (Verdier) : un concert imprévu à Ienisseïsk par exemple. 

 

C'est moins un récit de voyage au sens strict du terme que le récit de l'appropriation par Christian Garcin des paysages qu'il traverse, une suite d'impressions de voyage si l'on veut, avec pour fil rouge un fleuve, l'Ienisseï. L'appropriation passe pour lui par la mise en relation de ces terres désolées avec les tensions à l'œuvre dans la Russie de Vladimir Poutine. Forcément, il y est question des Pussy Riot, des opposants politiques, de la surveillance des citoyens par la police… Une conclusion : « La Russie n'est pas l'Occident ». 

 

C'est ainsi que l'on abandonne le ton convenu du carnet de voyage pour une série de remarques plus géopolitiques, comme si ces terres désolées étaient le parfait révélateur de la Russie de 2014. Garcin ne manque jamais d'assortir ses impressions personnelles des données à sa disposition, qu'elles soient démographiques ou historiques. En ressort une confrontation entre le vécu et les données statistiques et encyclopédiques. 

 

On trouve aussi quelques belles pages sur ce que signifie voyager aujourd'hui, à l'heure où l'on est habitué à voir défiler des paysages à toute vitesse depuis la fenêtre d'un TGV. Dans cette réflexion, l'auteur convoque notamment Paul Virilio. Ainsi, ce lent périple (à pied, en voiture, à bord d'un bateau) est un moyen de révéler l'immensité du pays traversé et de retrouver « la sensation de traverser un pays, au sens antique et paysan du terme. » 

 

À première vue, cela peut paraître un peu pédant, mais en réalité Garcin dit des choses très justes. C'est un voyageur attentif aux détails, à l'écoute des personnes croisées sur son chemin telles ces trois vieilles dames sur un banc à Touroukhansk et dont le rire et la coquetterie sont un formidable témoignage d'humanité en milieu hostile. 

 

Ienisseï est suivi d'un second récit plus court, « Russie blanche », consacré à la Biélorussie.