Il était une fois peut-être pas, Akli Tadjer

Clément Solym - 10.08.2009

Livre - etait - fois - peut


Après vingt ans de vie commune à Paris, Myriam vient de quitter son père pour aller poursuivre ses rêves d’enfant, de mers, d’océans, de voiles et de grands espaces de liberté ainsi que sa formation, à cette fin, à Toulon. Ce week-end, elle ne rentre pas seule ! Gaston l’accompagne ! Gaston qui est « blanc comme la cuvette des chiottes », ce qui laisse Mohamed, le père de Myriam, narrateur de l’histoire et algérien d’origine, pantois lorsqu’elle lui présente l’élu de son cœur !

D’autant plus pantois que, suite à des démêlés profonds avec sa famille qui n’aime pas sa petite Arabe, Myriam tape l’incruste pour le compte de Gaston, auprès de son père, en attendant qu’il trouve un job et puisse s’assumer dans Paris qu’il entend conquérir !

Et sitôt le week-end fini, Myriam laisse Gaston et Mohamed entamer une cohabitation délicate qui ne manque pas, bien sûr, de faire les étincelles si évidemment incontournables du fait de l’irruption d’un indésirable dans la vie d’un homme qui n’a vécu sa vie que pour sa fille et ne la remplit, depuis le départ de celle-ci, que par son travail d’artificier, par quelques longues soirées de poker, mais aussi par de nombreuses heures à raconter à Lucifer, un chat en peluche à Bla-Bla, un perroquet en plâtre, ou à Cruella, une poupée blonde, les interminables suites des « contes et légendes » qu’il racontait autrefois à Myriam pour accompagner ses plongeons dans le sommeil.


Akli ADJER manipule ses personnages avec un brio époustouflant !

Son propos est d’un humanisme sidérant. Son langage est plein de verve, de fraîcheur et de tolérance. La construction, pourtant classique, de deux histoires qui se côtoient pour mieux se rencontrer, trouve un renouvellement épique où se mêlent l’actualité brûlante et l’Histoire que construisent au fil des générations, la vie et la mort des femmes et des hommes.

Avec beaucoup d’humour, il sait jouer avec des emprunts à tous les registres du quotidien qu’il insère dans le remue-méninges de Mohamed. C’est une entrée en force de la vie de tous les jours dans les interstices du livre : de Brassens et ses « Bancs Publics » à Peter Falk et son « Inspecteur Colombo », quelques images profondément ancrées dans l’inconscient collectif ponctuent les pages. Rarement de telles incrustations m’ont paru aussi naturelles, aussi évidemment incontournables, donnant plus de vie et de réalité au récit.

Car, à mon sens, c’est bien cela la réussite de ce livre. Avoir fait une fiction d’une histoire potentiellement vraie, réelle et tellement quotidienne. Où frappent à la porte toutes les vicissitudes de la vie : les « quelques joies » et tous ces « inoubliables chagrins » qu’évoquait Pagnol, en racontant cette marche silencieuse vers le cimetière où l’on conduisait sa mère. Akli ADJER fait preuve d’une liberté de parole réjouissante mettant sur le tapis toute une multitude d’évènements qui constituent souvent aujourd’hui des sources d’affrontements, mais qui perdent pourtant tellement leur sens, les années ayant passé.

Quelle plus grande œuvre d’humanisme, de tolérance et d’intelligence que d’utiliser justement celle-ci pour infléchir l’avenir plutôt que de vivre dans le passé. Sans pour autant l’oublier ou le renier mais plutôt pour en tirer un nouvel enseignement, de nouvelles espérances.

Avec pour postulat que rien ni personne n’étant parfait, cela va être très dur d’y arriver… J’ai adoré cette lecture du passé, ces contes qui parfois ont un petit air des « Mille et une Nuits » comme le suggère la quatrième de couverture. J’ai adoré ce père, tellement triste du départ de sa fille, qu’il finit par combler l’absence de celle-ci en racontant ses histoires au chat en peluche qu’elle a laissé.

J’ai adoré ce misanthrope luttant avec acharnement contre l’installation d’un gendre potentiel dans son quotidien. J’ai adoré ce père fort et faible qui fait ce qu’il peut pour combattre les excès, affirmer l’ouverture d’esprit et la tolérance, refuser l’obscurantisme, reconnaître un espoir dans l’avenir, lutter pied à pied pour son indépendance de pensée et pour toutes les cohabitations en l’absence d’animosité.

Un humaniste vous dis-je. Sans arrogance, sans prétention, sans outrecuidance. Un vrai !


 

Retrouvez Il était une fois peut-être pas, d'Adkli Tadjer, en librairie



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