Ils voulaient changer la France : La Fronde

Audrey Le Roy - 16.05.2016

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Fronde : nom féminin — (latin populaire fundula, du latin classique funda). Arme de jet consistant en une pièce souple, centrale, où est placé le projectile de forme sphérique, et attachée à deux lanières tenues à la main. (On fait tourner l’ensemble puis on lâche une des lanières, le projectile s’échappant alors.) (Définition : Larousse.fr)

 

 

 

« Un jeune magistrat, dont l’identité n’est pas très sûre, aurait fait rire ses collègues en employant ce mot pour qualifier l’opposition au cardinal Mazarin. Cette plaisanterie a franchi les siècles et son récit passionne toujours autant, parce que la Fronde demeure en effet un épisode mystérieux de l’histoire. » Que retenons-nous généralement de cet épisode ? Qu’il y a eu la Fronde parlementaire, la Fronde des Princes, que Mazarin n’avait pas la cote et que Louis XIV a été marqué à vie. Voilà à peu près ce qui ressort de nos cours de lycée. C’est assez peu et inexact.  

 

Si l’on pousse en avant l’étude, nous nous apercevons vite que de nombreux livres et articles ont été consacrés à cette période de l’Histoire de France. Pourquoi donc Jean-Marie Constant, professeur émérite à l’Université du Maine, a-t-il voulu revenir sur ce sujet ? Il l’explique dans sa préface, « la première raison de porter un regard différent sur la Fronde tient à la qualité des études produites ces dernières années, qui s’appuient sur de nouvelles archives et sur le réexamen de textes plus ou moins ignorés. » De nouvelles sources ! Le rêve pour tout historien !

Serait-ce la seule valeur ajoutée de ce livre publié chez Flammarion ? Une relecture de la Fronde grâce à de nouvelles sources ?


Non ! La vraie valeur ajoutée de ce livre, c’est l’approche qu’en a Jean-Marie Constant. Ici, pas de déroulé chronologique d’une période complexe. L’historien choisit de nous faire le portrait des frondeurs et de leurs adversaires, il choisit de remonter dans leurs histoires pour essayer de comprendre pourquoi, à un moment donné, des hommes et des femmes ont décidé de combattre la régente, Anne d’Autriche et, surtout, son cardinal, Mazarin. 

 

Qui sont-ils, ces frondeurs ? 


Des pairs de France à l’image du duc François de La Rochefoucauld (1613-1680). Fervent opposant à Richelieu, considéré comme l’un des grands écrivains de son époque grâce aux remarquables mémoires qu’il a laissées, il est également un grand seigneur au sens chevaleresque du terme, prêt à donner sa vie pour son roi et son pays, « gravement blessé trois fois, il vit avec un certain bonheur le destin des gentilshommes, qui bravent la mort avec détermination à chaque fois qu’elle se présente à lui. » À la mort de Richelieu (décembre 1642) puis à celle de Louis XIII (mai 1643), il espère que la politique va changer. Hélas, la régente et le cardinal Mazarin suivent, dans les grandes lignes, la politique déjà menée.

 

Il reproche également à Anne d’Autriche d’avoir oublié tous ses amis, ceux qui prenaient son parti quand Richelieu lui menait la vie dure, ses « expressions employées sont très dures et cachent un profond désespoir. » Les raisons qui le poussent à devenir frondeur semblent plus inspirées par un sentiment de vengeance que par de réelles motivations politiques. En outre, il est très amoureux d’une grande frondeuse… Madame de Longueville (1619-1679), qui ira d’échec en échec, certes, mais avec vigueur. C’est, par ailleurs, la sœur du Grand Condé. 

 

François de La Rochefoucauld par Théodore Chassériau, 1836, Château de Versailles

 

 

Des princes du sang comme Louis II de Bourbon, prince de Condé, dit le Grand Condé (1621-1686). Issu de la branche cadette des Bourbons et donc cousin du roi, il reçoit une excellente éducation, car son père « a conscience que l’avenir peut réserver des surprises. Il connaît la fin de la dynastie des Valois et sait comment Henri IV a accédé au trône. » Il se révèle rapidement un excellent militaire, il participe à la prise d’Arras à l’été 1640, à celle de Perpignan, alors espagnole, en août 1642, il est le grand vainqueur de la bataille de Rocroi, le 19 mai 1643. Au début de la Fronde, Anne d’Autriche et Mazarin lui confient le commandement des troupes royales pour lutter contre les frondeurs parisiens.

 

Il l’emporte aisément. Persuadé d’être le sauveur de la monarchie il devient très arrogant ce qui agace la régente et le cardinal. Le 18 janvier 1650, il est arrêté. Il ne sera libéré qu’en février 1651, « Condé ne pardonnera jamais cet emprisonnement », il dira « j’en suis rentré innocent, j’en suis sorti le plus coupable des hommes. » Il deviendra l’un des plus féroces frondeurs, là encore plus par rancune que par opinion politique. 

 

Certains ont eu des rôles plus ambigus, et pas des moindres, le propre frère du roi, Gaston d’Orléans (1608-1660). À la mort de Louis XIII, il sera, avec Anne d’Autriche et Mazarin, à la tête d’un « triumvirat » pendant cinq années. À partir des émeutes de 1648, Anne d’Autriche s’en éloigne, car elle ne cautionne pas sa politique de conciliation, elle souhaite transmettre un pouvoir intact à son fils et n’est prête à aucune concession. De plus, elle « et Mazarin s’inquiètent de la popularité du prince et vont tout faire pour neutraliser son action. »

 

Présenté, dans ce livre, comme une sorte d’arbitre aimé du peuple, il ne prend pas réellement part aux évènements de la Fronde, cependant il ne prend pas non plus de mesures contre. Son attitude est donc, avec du recul, assez équivoque. Ne laisse-t-il pas sa fille, la duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, féministe convaincue, reprendre Orléans aux fidèles de Mazarin et tirer au canon sur les troupes de Turenne depuis le haut de la Bastille pour sauver Condé ?

 

Portrait d’Anne d’Autriche. Copie d'un original perdu, peint vers 1620-1625, d'après Pierre Paul Rubens

 

 

De nombreux autres frondeurs nous sont présentés dans ce livre, comme la duchesse de Chevreuse, intrigante, faisant facilement penser à Milady de Winter des Trois Mousquetaires de Dumas.

 

« En réalité, contrairement aux apparences, la défaite des frondeurs est inéluctable, car le pouvoir royal est populaire. »  Mazarin est haï, certes, mais le jeune roi est aimé. Bien sûr, Anne d’Autriche, déclarée régente le 18 avril 1643 par le Parlement, a fait des erreurs, « si elle avait été associée aux décisions prises par Louis XIII et Richelieu, elle aurait peut-être évité bien des écueils, mais les deux hommes n’ont jamais imaginé que cette femme d’origine espagnole, qui était l’objet de tout leur mépris, puisse un jour gouverner à leur place », mais le fait est que le 7 septembre 1651, jour de la majorité de Louis XIV, elle lui transmet un pouvoir absolu, non amoindri par les événements de la Fronde.

Il est évidemment question de Louis XIII, de Mazarin et du Parlement ici, mais ce qui est décidément passionnant, ce sont ces portraits et la recherche du pourquoi. Et ce pourquoi est bien plus surprenant qu’il n’y paraît ! Un indice ? La littérature ! 

 

La Fronde est une révolte, mais Jean-Marie Constant nous met en garde, « la Fronde n’est pas la première marche d’un mouvement révolutionnaire, mais l’expression d’un désir nostalgique de retrouver un passé regardé comme radieux. » 

 

Louis XIV, comme il l’a été dit et répété, a été très affecté par la Fronde. Dès lors, il sera très prudent dès qu’il s’agira de créer de nouveaux impôts, afin de ne pas soulever de nouvelles indignations collectives. Et lorsque ceux-ci deviendront inévitables, il taxera tout le monde, même la famille royale, à l’image de la Capitation, impôt créé en 1695. Il fera également la chasse aux malversations financières, dont Fouquet sera la victime la plus célèbre.

 

Enfin, il refusera toujours de prendre un Premier ministre et c’est très bien joué. En effet, si Mazarin a été très régulièrement insulté par ses contemporains, insulté un roi revient à commettre un crime de lèse-majesté, ce qui est passible de… la peine de mort !  

 


Pour approfondir

Editeur : Flammarion
Genre : histoire du...
Total pages : 400
Traducteur :
ISBN : 9782081352544

C'était la Fronde

de Jean-Marie Constant

Plusieurs France l'une contre l'autre, un pays en pleine implosion, un pouvoir sans légitimité. Dans le registre des grandes passions françaises, la Fronde (1648-1652) occupe une place clé. Alors que Louis XIV n'est encore qu'un enfant, sa mère Anne d'Autriche règne avec le cardinal Mazarin, un Premier ministre trop puissant aux yeux de l'opinion outrée par la pression fiscale et les dépenses continuelles pour financer les guerres. Une situation explosive qui met le feu aux poudres dans la France entière. La colère soulève les Parisiens mais aussi les princes de sang et les parlements en région. Qui sont ces frondeurs qui voulaient changer la France ? Jean-Marie Constant reprend le fil des événements à la recherche des esprits pensants de ce moment de l'histoire française. La Rochefoucauld, le prince de Condé, les grandes princesses, les juges, tous entendent agir pour le bien public. Les idées fusent. Inspirés par une intense volonté d'action, les Frondeurs prennent les armes contre le pouvoir. Quel fut le sens de cet engagement ?, interroge l'historien. Son enquête le mène sur des chemins de traverse où la littérature vient guider le pas des insurgés. Nourris d'aventures livresques, ils vivent la Fronde comme un roman ou une tragédie de Corneille, tout en jouant avec la mort sous les regards terrifiés de l'enfant roi. À la fin, la France ne sera pas réformée mais plus rien ne sera comme avant.

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