Installation, de Steinar Bragi

Clément Solym - 25.06.2011

Livre - installation - steinar - bragi


Si vous souffrez de claustrophobie, redoutez les ambiances glaciales et si l’art contemporain (entre bio-art et art relationnel) ne touche pas vos sens, vous semble hermétique, alors n’ouvrez surtout pas ce livre, il est terrifiant.

Eva est une artiste amateur. Elle vient de quitter les Etats-Unis pour suivre son ami en Islande. Ils sont sur le point de se séparer mais Eva veut encore y croire. Elle s’installe, seule, dans un appartement moderne et neuf, prêté par une vague relation dans l’attente que Hafn se manifeste et accepte de la revoir. En échange de ce prêt d’appartement, elle s’est engagée auprès du propriétaire à soigner les plantes vertes et à nourrir le chat. Jusqu’ici rien d’anormal.

Sauf qu’il n’y aucune plante verte dans l’appartement et que le chat apparaît et disparaît alors que toutes les issues sont fermées. Dès lors, le ton est donné, angoissant et oppressant. On sent qu’il va se passer quelque chose d’horrible mais on ne maitrise rien encore (ni jamais d’ailleurs). L’appartement est impeccable, trop propre, sans vie, blanc et design, froid et doté des dernières trouvailles en matière de high tech. L’immeuble est équipé de caméras de surveillance plutôt malveillantes et objets d’un voyeurisme gênant et très inconfortable. Impression désagréable pour Eva d’être sans cesse contrôlée, observée, privée de liberté.

Et puis il y a cette voisine, envahissante qui l’assaille sans cesse, l’interroge et la précédente locataire, morte dans l’appartement (suicide ?). Ainsi, L’auteur glisse, ça et là, presque sournoisement, par touches quasi-imperceptibles quelques signes annonciateurs d’un drame. On ressent une tension, un malaise mais aucun événement horrible ne semble vouloir encore surgir. Cette latence est déjà insupportable pour le lecteur qui hésite à tourner les pages et à affronter la seconde partie, « au suspense insoutenable », évoquée dans le 4ème de couverture. Dans cette 1ère partie, le lecteur peut encore respirer. Il accompagne Eva au dehors, dans les rues de la ville, sent la pluie qui pénètre, croise des individus, existe socialement, reconnait son univers même si l’ambiance reste floue et traduit un certain malaise.

Dans la 2ème partie, Eva ne quitte plus l’appartement aseptisé, est en proie à des cauchemars de plus en plus violents et réalistes, sombre dans une paranoïa invalidante et douloureuse. Le lieu devient inhospitalier et complètement destructeur de la personnalité d’Eva. Aux hallucinations se mêlent des tortures insoutenables. Et à un moment, le lecteur se retrouve complètement perdu. Il ne sait plus s’il doit soutenir une femme névrosée, fragile mais saine, victime d’hommes vils et sadiques ou bien reconnaître qu’Eva a elle-même sombré dans une folie hautement délirante et meurtrière. Tout est déshumanisé et la femme devient un véritable objet de consommation, manipulé sans égards, malmené puis jeté, voué à une expérimentation « artistique ? » extrémiste et finalement abjecte, vide de sens.

Une histoire qui fait souffrir. L’angoisse d’Eva affecte le lecteur ; il redoute alors chaque page qu’il tourne. Un livre, lu par à coups, tellement, il dérange, que l’on craint de ne pouvoir achever mais pourtant si intrigant en même temps. Et jamais, on ne se sent apaisé ou soulagé. Il faut batailler durement pour atteindre les dernières pages et lorsque la compréhension même de l’intrigue submerge, accepter de lâcher prise et de sombrer, littéralement. Détaché d’Eva alors, l’oppression retombe enfin.

A lire peut être comme une expérimentation artistique, en tout cas, trop éprouvante pour la recommander personnellement. A vous de voir maintenant quelles sont vos limites.

(Traduction : Henry Kiljan Albansso)

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