J'ai grandi dans les salles obscures, Gauthier Jurgensen

Clément Solym - 21.01.2009

Livre - grandi - salles - obscures


Il y a des livres qui se lisent d’une traite et d’autres qui s’oublient aussi vite et que l’on a envie de jeter loin de soi le plus rapidement possible. Les écrits de Gauthier Jurgensen se rangeraient plutôt dans la première catégorie. Une douceur de vivre, une certaine nostalgie, un zeste de bonheur, de la tristesse parfois, même de la colère, et toujours de l’amour… toutes les émotions passent dans ses lignes. L’auteur parle des films en les mettant en relief avec différents épisodes de sa vie.

Les films sont simplement reliés au monde qui nous entoure. Chacun peut se reconnaître dans un paysage, un héros, sentir une impression très proche en admirant un paysage ou une situation ou même en assistant à une intrigue qui fait la force du film.

Est-ce la simple description d’une passion ? C’est beaucoup plus que ça et nous en sommes prévenus dès les premières lignes tout en finesse... une entrée en matière prometteuse.

Ici on analyse les films, certains inaugurant les prémices de l’art cinématographique, d’autres plus récents que chacun a pu aller voir au cinéma. Pour certaines oeuvres qui avaient fait parler d’eux lors de leur sortie (gloire, scandale ou beauté), on obtient une interprétation et un ressenti tout à fait différents au regard des préoccupations actuelles. L’occasion de répéter à ceux qui le dénigrent et de conforter ceux qui l’adorent, que Star Wars, c’est tout de même la classe. Et qu’il ne se voit pas qu’une seule fois, non Madame, non Monsieur, mais qu’il s’agit bien du film qui a pu représenter (qui représente, que dis-je) un tournant dans le cinéma. J’avais toujours voulu le placer dans une de mes critiques, merci Gauthier !

Certes, Gauthier Jurgensen n’a que 24 ans, ses explications sont peut-être parfois simplistes et empreintes de subjectivité. Est-ce pour autant une manière de fuir le monde des adultes ? De montrer son refus de grandir ? De s’interroger sur ce que l’on attend de lui ? Ou tout simplement une passion débordante qui ne demande qu’à être partagée ? Peu importe, le principal étant que l’on prend un réel plaisir à parcourir ce livre.

Les oeuvres cinématographiques sont racontées comme des tranches de vie ou plutôt expliquées au travers de ce que l’on peut appeler des rites d’initiation que nous avons tous vécu à notre façon :
le premier amour, l’arrivée à la fac, la première déception amoureuse, une rencontre qui nous a particulièrement touchés…

Par ailleurs, le décorticage de certaines scènes d’anthologie a au moins le mérite de remettre certaines idées en place. Quitte à me faire passer pour un réactionnaire de bas étage, on a parfois un sentiment de déjà-vu lorsque l’on regarde les nouvelles productions qui nous sont proposées dans les salles obscures. Certains films se veulent des hommages à des chefs-d'oeuvre sacrés – je ne parle pas ici des suites vingt ans après, ou des adaptations de séries télé ou même de “remake”. Je traite ici de certaines scènes plus que célèbres utilisées à tort et à travers, voire parfois à outrance, parce que tout simplement l’effet sera forcément percutant (paraît-il). Parfois effectivement, un sentiment de nostalgie se fait sentir lorsque l’on remarque ce genre de procédé. On ne peut dire s’il s’agit d’une pratique honteuse spoliant des films plutôt délaissés aujourd’hui (vive la nouveauté…) ou s’il s’agit d’un effet de génération… Qui sait ? Les jeunes de demain célébreront peut-être les films que nous haïssons aujourd’hui.

Finalement, on ne peut nier une vraie culture cinématographique qui transpire à chaque page dans tous les formats, toutes les langues, toutes les époques et tous les styles. On sait de quoi parle Gauthier Jurgensen, on ressent véritablement sa passion du petit comme du grand écran et on ne peut qu’avoir envie de la partager avec lui.


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