J'attends, de Capucine Ruat

Clément Solym - 25.04.2011

Livre - attends - capucine - ruat


Angèle est une femme prise au piège. Elle va donner la vie, alors que son cercle familial la perd. Avec son ventre très rond, elle craint l’impossibilité de donner un air de famille. Elle redoute l’absence des grandes tablées, les souvenirs partagés.

Capucine Ruat signe un roman, ronde des fantômes, d’une plume douce-amère.

L’héroïne, Angèle, est à fleur de peau et a le ventre très rond. Elle parle à son bébé, surtout des deux grands-mères Mané et Grammy. Elle lui présente ses parents, sa sœur.

« Ce qu'il y a de bien dans cette famille, c'est qu'ils meurent tous. Ils deviennent inoffensifs. Ce qu'il y a de moins bien, c'est que nous mourons avec eux. Bientôt on ne sera plus que quatre, les parents, ma sœur et moi ; et ça ne changera pas grand-chose, parce qu'au fond on a toujours été seuls, nous quatre. »

Ses parents n’ont pas été aimés par leur mère. Lourd traumatisme à porter comme un fardeau qui se transmet d’épaule en épaule. Angèle n’a pas été aimée non plus.


« Toute ma vie, j'ai souhaité qu'elle meure, très fortement, j'ai souhaité que ma mère meure, ça ne se dit sans doute pas, mais tout irait mieux si elle n'était plus là, j'ai mis du temps à comprendre, ce n'était pas ma faute, elle ne m'aimait pas, ne m'avait jamais aimée, c'était si clair, et trop tard, la vie avait passé, toute mon enfance et mon adolescence, envolées, une partie de ma vie de femme, gâchée, je voulais sa mort, puisque tout était mort entre nous, que sa dureté, sa sécheresse me brûlaient, je ne supportais plus de la voir, de l'entendre, notre indifférence, moi quémandant ses miettes d'amour, je n'osais pas me l'avouer, et puis un jour, à la télévision, une actrice a dit qu'elle n'aimait pas sa mère, souhaitait sa disparition, ôter le poids mort, elle a dit à ma place ces mots incorrects. »

L’absence d’amour pardonnerait-il le crime ?

Dans cette attente de l’enfant, il y a surtout l’attente d’une seconde naissance. La sienne, celle où elle pourra aimer, se sentir aimée.
« Jusqu’où se niche le désamour » se demande-t-elle ? Elle sait que l’amour n’est pas inné, elle craint d’avoir un cœur rempli de vide.
Roman de carences, on retrouve les angoisses d’une mère, qui replonge dans son passé, pour mieux cerner l’avenir.


« Y a-t-il dans chaque famille un récipiendaire des secrets et des aveux, des oublis et des remords ? Ne peut-on glisser dans un puits ses secrets dans peur qu’ils remontent un jour ? De cette histoire de femmes que comprends-tu ? Qu’est-ce que j’y comprends moi-même ? »

Le passé rattrape, l’avenir court toujours. De ses pages écrites d’une belle plume qui ripe, qui croche sur les mots, et parfois tombe dans les failles, l’histoire se répète. On se retrouve nous aussi pris au piège d’un cercle sans fin, entre des sentiments qui demeurent à tout jamais emprisonnés dans le temps. Il n’y a pas d’issue.

Écrire soulage, et l’on sent Angèle tellement blessée que je n’ose à peine heurter ce texte, mais il reste malgré tout un peu trop fermé pour que le lecteur puisse lui aussi entrer dans la ronde.


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