James Sallis, Le Tueur se meurt : polar urbain et désespoir

Xavier S. Thomann - 20.05.2013

Livre - James Sallis - Polar - Tueur à gages


James Sallis pratique le roman noir comme personne. L'auteur de Drive a une savante habileté quand il s'agit de jouer avec les attentes de ses lecteurs. Le Tueur se meurt est un livre surprenant à plus d'un titre, et dépasse largement la classification un peu réductrice de thriller ou de polar. 

 

Il faut dire que James Sallis n'a pas le CV habituel de l'auteur de fictions policières. Certes cet universitaire est un spécialiste de Chester Himes, mais il est aussi le traducteur en Américain de Raymond Queneau. Ça ne s'invente pas. N'allez pas pour autant chercher des références à la littérature française dans son nouvel ouvrage. Tout y américain, à 100 %. 

 

En revanche, on ne peut être qu'attentif à sa maîtrise de la composition. En général, c'est le genre de livre où un crime a lieu et ensuite quelqu'un va chercher à y voir plus clair. Ici, ce n'est pas tellement de cette façon que les choses se passent.

 

Il y a bien un crime (la victime toutefois survit), mais c'est avant tout eux-mêmes que cherchent les personnages. L'intrigue n'est donc qu'un prétexte pour observer le quotidien de trois personnages : un tueur à gages en fin de course, un ado dont les parents sont partis et qui vit seul, et enfin un flic dont l'épouse est gravement malade. 

 

Trois personnages hantés, chacun à leur manière par la mort. Banal à première vue, sauf que Sallis réserve un traitement particulier à ce thème bien connu. On comprend vite que l'auteur ne cherche pas tellement à résoudre la situation initiale, comme c'est pourtant le cas dans ce genre de romans.  

 

 

Phoenix is Crane City

Vue de Phoenix, où se déroule l'action du roman,

cogdogblog, CC BY-SA 2.0

 

 

Alors que Chrétien, le tueur, veut comprendre comment sa proie a pu lui échapper, Sayles, le policier cherche en vain à mettre la main sur ce mystérieux tueur à gages. Et pendant ce temps, Jimmie erre sur internet, cherchant à revendre tout ce qu'il peut pour survivre. Ces personnages sont moins motivés par la résolution de l'affaire que par la volonté de savoir au fond ce qu'ils font là. 

 

Tout au long du livre, Sallis, avec un style distant et emphatique à la fois, distille savamment le mal-être qui est le point commun entre les deux hommes et le garçon. Vous l'aurez compris, pas de courses poursuites ou de fusillades spectaculaires. 

 

D'ailleurs, Sayles a bien conscience que son métier est loin des représentations qu'en fait la fiction. « À en croire les séries télévisées, on pouvait, en ajoutant de l'huile de coude à l'ancienne aux combats virtuels par écrans interposés, résoudre toutes les affaires. (...) Dans le monde réel, ça ne se passait pas exactement comme ça. »

 

Cela dit, malgré la volonté de l'auteur de se tenir à l'écart des codes traditionnels du roman noir, il y a quelque chose de très prenant dans ce roman policier « dépressif ». Au final, le tueur se meurt tient autant du conte de la vie moderne urbaine que du polar.