Janis Joplin et Jim Morrison face au gouffre : Le trouble de personnalité

Clément Solym - 31.12.2007

Livre - Janis-Joplin- - -Jim-Morrison - gouffre


La muse du rock des années 60 et le leader des Doors sont aujourd’hui plus que (re)connus. À l’évocation des noms de Janis et de Jim, certains se rappelleront avec nostalgie leur adolescence, la fin des années rangées d’après-guerre, ainsi qu’au souffle d’une nouvelle culture libertaire. D’autres, plus jeunes, ont aujourd’hui une admiration sans bornes pour une atmosphère et une époque qu’ils n’ont pas connues, mais dont ils trouvent des témoignages dans la musique de ces deux artistes.

Adulés, Janis Joplin et Jim Morrison ont pourtant été fauchés en pleine jeunesse à 27 ans. Qu’en retient-on aujourd’hui ?

Communément, chacun a sa propre théorie sur la fin de ces deux égéries du rock… Première hypothèse : Janis et Jim, se réclamant de la contre-culture, seraient entrés dans une spirale autodestructrice de consommation de drogues. Ou, seconde idée : ils auraient été entraînés par les affres du statut d’idole. Dernière proposition : ils auraient vécu des expériences traumatisantes dans leur prime enfance qui expliqueraient leur mal-être à l’âge adulte. Conclusion : laissons ces spéculations et autres freudismes de côté.

Une piste n’a pas été explorée : envisageons que Janis et Jim aient souffert tous les deux du même trouble psychique qui n’aurait pas été diagnostiqué à leur époque ? C’est ce que tentent de nous expliquer un psychologue et un sociologue. On sait aujourd’hui qu’ils étaient touchés par un mal appelé « état limite » (ou « borderline »), une grave affection, méconnue à l’époque, mais tout à fait identifiée de nos jours. L’état limite se caractérise par une sensation de vide, une absence d’intérêt pour quoi que ce soit, un état de déprime constant, une impression « de rien ». Les deux artistes, dont l’état n’a pas été détecté, ont dû composer seuls avec leur affliction, réagissant de la même manière pour fuir la réalité : la drogue mélangée à de fortes doses d’alcool étant l’exemple le plus souvent avancé.

Cette analyse, quoique très accessible, s’attache à expliquer les excès et les excentricités de Jim Morrison et de Janis Joplin dans leur mal-être. Pourquoi étaient-ils tour à tour assoiffés de reconnaissance, si brillants et vivants, puis violents, provocateurs et proches de la chute… définitive ? Incapables de concevoir et de vivre des relations saines et durables, ils étaient au contraire avides de sensations fortes à outrance, d’adrénaline à n’importe quel prix, et cela par toutes les formes de défonce imaginables (sous effet de la drogue pendant des semaines entières, sexe, comportements suicidaires, colères soudaines…).

L’explication va beaucoup plus loin ensuite. Les deux auteurs imaginent toute une série d’entretiens avec les deux icônes, rencontres censées leur faire prendre conscience de leur mal et les aider à le gérer au mieux dans leur vie sociale. Il faut avouer que la démonstration est tout à fait crédible tant on retrouve la force de caractère et le parler crû de Janis Joplin ainsi que l’impulsivité et la nonchalance de Jim Morrison.

Toutefois, on ne peut s’empêcher de penser qu’imaginer ces dialogues est quelque peu prétentieux. Comment peut-on en effet prêter telle réaction, telle pensée ou telle action à une personne disparue depuis longtemps et que l’on n’a pas connue sinon à travers ses œuvres et les témoignages qu’il en reste ? Avec le recul surtout, les deux témoignages rapportés se ressemblent plus qu’ils ne le devraient. Même si Jim Morrison et Janis Joplin s’étaient rencontrés et aimés, il est en effet difficilement envisageable de réduire ces deux êtres extraordinaires à une seule et unique personnalité.

Gerald & Ralph Faris s’attachent en définitive à peindre deux portraits à destination du grand public, et non pas seulement sous l’angle scientifique et médical. L’atmosphère des sixties s’y retrouve grâce à des témoignages, des références, des anecdotes venant étayer l’étude. Ce livre, très audacieux, a aussi pour vocation d’aider d’éventuelles victimes de cette maladie qui s’ignorent tout en permettant de mieux comprendre contre quels démons luttaient ces deux icônes rock.

Gerald Faris (Auteur), Ralph Faris (Auteur), François Tétreau (Traduction)