Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati

Clément Solym - 21.11.2011

Livre - Jane Mansfield - Roman - Biographie


Tout commence ou plutôt finit ainsi : une voiture broyée, sur la route US 90 reliant Biloxi à la Nouvelle-Orléans, une nuit d'été 1967. Une collision entre une Buick Electra 225 bleu métallisé et un semi-remorque. Dans un brouillard de pesticides causé par la présence fatale d'un fogging truck sur la route, la sensation que les projecteurs se sont éteints pour toujours pour l'une des victimes du crash. Jayne Mansfield est morte à trente-quatre ans.

 

Celle que l'on confondait parfois avec Marilyn Monroe n'a pourtant pas eu la même carrière cinématographique. 

 

Sex-symbol, célèbre playmate, Jayne Mansfield était l'image parfaite de la Hollywood movie star, cantonnée aux rôles de « dumb blond » dont la naïveté systématique était supposée attirer la gent masculine. « La Mansfield » s'était ainsi façonnée un personnage proche des femmes qu'elle incarnait à l'écran.

 

Cette jolie brune d'origine avait commencé très jeune à se teindre les cheveux en blond, une peroxydation hebdomadaire qui l'avait rendu quasiment chauve à trente ans, l'obligeant à porter des perruques toutes plus volumineuses et vulgaires les unes que les autres. Et puis il y avait aussi cette passion pour les coeurs, le rose, les tenues extravagantes et les chihuahuas, un attirail de « pouf » bas de gamme proche de celui d'une Paris Hilton d'aujourd'hui. 

 

Jayne Mansfield semblait perdue dans son époque, entre des années 50 qui l'avaient consacrée et l'amorce d'une nouvelle décennie qui marquerait son déclin. Alors il fallait en faire plus que les autres, jouer avec la presse à scandale et tenter de faire de chacune de ses venues dans un festival ou une soirée mondaine un événement.

 

Arborant des robes à découpes latérales montrant ses formes généreuses, portant fièrement sur ses seins ses chihuahuas au noms enfantins de Popsicle et Momsicle, Jayne n'avait généralement pas de films à présenter mais elle se devait d'être , ne serait-ce que pour pouvoir découper l'article paru dans la presse le lendemain, et le coller soigneusement  dans l'un de ses nombreux albums.

 

Qu'importe ce que l'on disait d'elle, lire son nom quelque part la rassurait. Au moins, elle existait. 

Difficile de se rappeler de Jayne, l'actrice. En 1967, elle n'était déjà plus qu'une parodie d'elle-même, ne figurant plus depuis plusieurs années à l'affiche d'un quelconque film. 

 

Simon Liberati, avec un ton ironique et distancié pratique une oraison funèbre sans détours de cette femme méconnue à la vie tourmentée. De nombreuses unions ratées, des relations destructrices avec des amants drogués ou cogneurs, et des relations ambiguës avec Anton LaVey, leader de l'Eglise de Satan, autant de caractéristiques propices à entretenir le mythe Mansfield. 

 

A la manière d'un Bret Easton Ellis, Simon Liberati retrace une déchéance. Il est difficile de définir un genre à ce livre qui prend la forme d'une vaste réflexion sur des années soixante à la fois dangereuses et fascinantes. Roman sous certains aspects, il ne s'agit ni d'une biographie ni d'un essai. L'auteur se concentre sur les derniers instants de vie de la star, et l'on en sait d'ailleurs peu sur l'enfance et l'adolescence de Vera Jane Palmer avant qu'elle ne devienne Jayne. 

 

Jayne Mansfield, pianiste, violoniste, parlant cinq langues,  et qui, disait-on, avait un QI de 163, a joué toute sa vie un personnage aux antipodes de celle qu'elle était vraiment. Une comédie permanente, au risque de ne plus pouvoir retrouver sa véritable identité.

 

Tout semblait factice, superficiel, dans la vie de celle qui se rêvait en Jean Harlow et voyait la vie comme une immense cascade dont elle souhaitait rester au sommet. 

«  I believe in flashy entrances »* avait elle confié à ses débuts, en 1956, au Los Angeles Examiner. 

Onze ans plus tard, elle disparaissait dans l'obscurité d'une nuit banale. Sombre sortie.

 

* « Je crois aux entrées flamboyantes »


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