Je me souviens…, Boris Cyrulnik

Clément Solym - 16.07.2009

Livre - Je - me - souviens


Au travers de sa collection « Textes essentiels », L’esprit du temps propose des pages livrant la pensée profonde d’un auteur ou bien encore le récit de moments clefs de son existence. Dans Je me souviens, Boris Cyrulnik s’est attaché à revenir sur deux événements majeurs de son enfance.

Né en 1937 à Bordeaux, Boris Cyrulnik a perdu ses deux parents au cours de la Seconde guerre mondiale. Son père, Juif engagé dans la résistance sera arrêté et déporté en 1942, un an avant que sa mère ne subisse le même sort. Devenu orphelin, Boris Cyrulnik passera ses premières années entre les mains de nombreuses familles d’accueil, à tel point qu’il ne se souvient pas toujours de ceux qui, à un moment donné, lui ont porté assistance.

 

En 1943, il se retrouve chez une institutrice à Lannemezan. Mais cette dernière est vite dans l’impossibilité de le garder. Elle envoie l’enfant à sa mère qui réside à Bordeaux. Caché aux yeux de la Gestapo, il finira tout de même par être arrêté le 10 janvier 1944. Emmené dans une synagogue, de façon presque incroyable, il parviendra à s’échapper. Par la suite, il sera notamment placé un certain temps chez une famille de paysans à Pondaurat, à côté de Langon.

A la recherche de son passé, l’auteur est allé confronter ses souvenirs à la réalité des lieux, aux paroles des personnes qui l’ont côtoyé dans ces instants particuliers. C’est sur le chemin semé d’embuches du souvenir que l’auteur nous amène. Un entretien particulier se met en place avec celui qui lui sert de guide lorsqu’il revient sur les lieux marquant de son enfance. L’utilisation de ce « tu » nous intègre pleinement dans un rapport de complicité avec l’auteur.


Il ne nous cache rien, nous raconte ses souvenirs de la ferme dans laquelle il a passé plusieurs mois à Pondaurat. Et, à chaque fois qu’il arrive sur les lieux, il ne peut que s’interroger sur le décalage existant entre ses images mentales et la réalité.

Revenant sur une journée clef de son existence, la rafle du 10 janvier 1943, il confronte ses souvenirs à sa visite de la synagogue telle qu’elle se présente à l’heure actuelle. Mais, ce qui est encore plus riche, c’est qu’il a l’opportunité d’échanger avec « l’infirmière » qui a contribué à son évasion. L’imaginant belle et blonde, il s’avère que, quand il la retrouve, la vieille dame est âgée de quatre-vingts ans. Sur les photos d’époque, elle arbore une belle chevelure noire…

 

Dépassant les simples circonstances d’une vie particulière, l’auteur nous entraîne dans son exploration des arcanes du souvenir. Ne comprenant pas toujours ce qui motive les reconstructions mentales qui s’élaborent au sein de sa conscience, il propose de multiples explications dont une qu’il retient comme essentielle :

« Je pense que le remaniement du passé est un facteur de résilience et que ceux qui n’adoptent pas un tel point de vue restent prisonniers de leur histoire. Ils ne voient et ne vivent que l’horreur du réel, la blessure intérieure, l’inquiétude, l’angoisse. Ils sont à jamais prisonniers de leur passé alors que ces faux souvenirs, mêlés à des traces souvent plus précises que les archives, témoignent d’un remaniement des représentations qui permet au sujet de retrouver espoir ».

Face à l’horreur, l’esprit se protège, nous protège de la folie. Quand il ne le fait pas, c’est la chute.
L’auteur recherche aussi à expliquer ce qui, au fond de lui, alors qu’il n’avait pas conscience de tous les enjeux du moment, alors qu’il n’avait que sept ans, il a pu s’extirper de cette synagogue où tous les gens autour de lui ont fini leur vie dans les camps de la mort.

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