Je suis une suprise, Marc Pautrel

Clément Solym - 30.07.2009

Livre - suis - surprise - Marc


Marc PAUTREL parle de lui. De son enfance. De sa vie. De ce qu’il a fait ou pas fait. Des souvenirs qui sont les siens et des souvenirs qui le concernent mais qui sont ceux des autres car il n’en a plus la mémoire.
 

De fait, il « ne (parvient) pas à (se) faire à l’idée d’avoir oublié tellement de moments pourtant vécus ». Seules lui restent quelques bribes qui remontent à la surface. Mais souvent ce ne sont que des images renvoyées par les autres qui paraissent raccrocher son passé à des instants perdus de sa conscience.

 

Par un heureux hasard, seuls les souvenirs heureux semblent être restés dans le sillage de sa vie bringuebalée au gré des déménagements successifs de ses parents aux quatre coins de la France, au gré des mutations de son père dans des villes plus ou moins agréables (malgré tout !). Mais « il ne (lui) reste rien des heures de perdition ».

 

Même dans ses relations avec sa famille, ses collègues, ses contacts, l’impression domine, pour lui, de ne pas être celui dont ils parlent, celui dont ils lui renvoient l’image. « Ils parlent tous d’un autre (qu’il) ne (connaît) pas ». C’est un peu dans une vie en pointillés que nous emmène Marc PAUTREL. Une vie en discontinu où ne surgissent que quelques instants de mémoire !

 
Comme toute vie certainement.
 

Serais-je seulement capable de raconter ces après-midi de pêche en famille sur les bords d’un petit ruisseau, de dimanches ensoleillés d’un été du Sud de la France ? Ne sont-ce pas les rares photos qui en restent qui sont ma mémoire de ces instants bucoliques où, en culotte courte, je tiens fièrement cette canne à pêche ? Ai-je pris seulement un poisson ? Ai-je réellement passé beaucoup de temps à regarder couler l’eau claire en attendant de voir s’enfoncer le bouchon ? Que reste-t-il de racontable de cet après-midi ? Lequel d’ailleurs ? Quelle robe portait ma mère ? Avons-nous mangé sur une grande couverture étalée sur l’herbe verte d’un grand pré ? Que s’est-il passé avant et après la photo ? Que sont devenus les espaces blancs entre les tirets ? Quel est cet autre, ancré dans le passé, qui, de toute façon « n’existe plus depuis longtemps » ?

 

C’est à ce jeu que nous convie l’auteur. Un jeu où il nous amène à prendre conscience du nombre énorme de secondes vécues et du peu d’entre elles qui restent réellement présentes à notre esprit. Où ont bien pu passer les autres ? Lui, en plus, aurait totalement tendance à même considérer qu’elles ne le concernent plus (pas ?).

 

Le jeu ne manque pas d’intérêt par le questionnement qu’il provoque quant à notre propre mémoire. Tant de « fichiers » auraient été écrasés dans l’ordinateur central que constitue notre cerveau ? Cela en est un peu troublant ! Quelle est la nature de l’oubli, sa profondeur, sa signification, son mécanisme ? ! Refoulement ? Système d’autodéfense, de protection ? Ces « fichiers » pourraient-ils soudainement redevenir conscients ?

 

L’écriture est fluide, agréable. Peut-être chaque « chapitre » aurait-il pu être un peu plus étoffé ? Faut-il le reprocher à quelqu’un qui tente d’extirper de sa mémoire tant et si peu de choses encore accessibles ? Et qui ne cesse d’affirmer que les blancs, entre les tirets, sont plus conséquents que les tirets eux-mêmes ?

 

Seule me gêne, de manière confuse, cette façon de ne pas nommer les choses et les lieux dans le cours du texte.

 

Pourquoi achète-t-il « le grand journal du soir » et pas « Le Monde » ? Pourquoi ne pas nommer Bordeaux, ou tant d’autres séjours si évidents, et donner tant d’indices indiscutables pour parler de ces villes ainsi parées d’un mystère auquel, pourtant, nulle justification ne transparaît au fil du récit ? Rien ne semble devoir être caché, car l’allusion est trop précise, le sujet est trop évident et apparaît complètement en ombre chinoise sous la périphrase : le message (stroboscopique ? Subliminal ?) m’a totalement échappé !



 

P.S. : ce livre fait partie de la sélection de la Librairie Lignes d’Horizons (Saujon, 17) destiné à récompenser d’un Prix un éditeur particulièrement actif dans la promotion de la « biodiversité littéraire ».

Retrouvez Je suis une surprise de Marc Pautrel, en librairie




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