Jefferson, hérisson détective : le miroir de la fable

Clémence Holstein - 27.04.2018

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Roman jeunesse ou fable sur le vivre-ensemble, Jefferson fait rêver et penser. L'on voyage avec ces animaux rigolos, à plumes, à poils, à cornes, dans l'inhospitalière contrée humaine. Mais attention au miroir. C'est celui qui le dit qui y est ! Et le voyage se poursuit en soi-même.

 

 

L'effet produit sur le lecteur est peut-être magique oui. Mais ce n'est pas un univers magique dans lequel Jean-Claude Mourlevat nous entraîne. Jefferson nous plonge dans un monde bien plutôt fabuleux, au sens propre du terme. Chaque personnage, sous les traits d'un animal, illustre une façon d'être, et l'auteur use habilement des caractéristiques de chaque espèce pour dresser des portraits humoristiques et touchants de chacun d'entre nous.
 

En ce radieux matin d'automne, le hérisson Jefferson décide d'aller chez son coiffeur se faire raffraîchir la houpette. Comment pourrait-il imaginer, alors qu'il arrive plein d'entrain au salon "Défini-Tif", que sa vie est sur le point de basculer ?
Accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis, le brave Jefferson, 72 cm de frousse et de courage, est jeté dans une aventure qui le mènera, pour le meilleur et pour le pire, au pays des êtres humains.



L'on s'y retrouve, qui chez le cochon (aucune honte à cela, bien au contraire !), qui chez le blaireau, qui chez le renard, qui chez la vache, et pourquoi non ?

Les lieux avancent aussi masqués. On y redécouvre ce qu'on croyait connaître depuis toujours à travers les yeux de ce rocambolesque groupe de voyageurs animaux.

L'on s'attache à ces héros drôles tout autant que sérieux : ils mènent l'enquête pour la cause d'un innocent hérisson injustement accusé,  du fait de son hérissonerie. Il sera aidé de ses compagnons de voyage, solidaires par amitié, solidaires par altruisme, prêts à faire confiance au petit hérisson pourtant presque inconnu.

Et c'est avec une grande imagination et une vraie tendresse que le roman est écrit. C'est aussi avec elles que le lecteur doit le lire, faute de quoi il passera à côté de tout son charme.

Ce roman jeunesse incite le lecteur quel que soit son âge à lâcher prise et à oublier le réalisme ambiant qui assène comme Saint Thomas que l'on ne doit croire que ce que l'on voit. L'imaginaire est donc bien un passage obligé et en cela, Jefferson est nécessairement enrichissant.
 

Fabuleux en effet car ce roman ressemble à s'y méprendre à une fable moderne. Un questionnement sur différents problèmes de société est à l’œuvre, sous le ton enjoué et primesautier du récit imaginaire. L'auteur soulève la question des apparences et des préjugés, des normes sociales et de leur défaut de sens ; il y a aussi l'épineuse affaire des abattoirs et de l'élevage de masse des animaux destinés à la consommation humaine ; sans oublier, avec encore davantage de recul, le rapport entre les espèces vivantes, entre monde animal et monde humain, les rapports de force instaurés de facto.

Tout cela est interrogé, mis en scène avec humour et distance. Le narrateur pose innocemment dans la bouche d'un écureuil ou d'autres camarades à poils, plumes ou cornes des questions importantes qui conduisent à la réflexion. On en arrive même à imaginer une planète plus tolérante. L'utopie de l'entente interespèce pointe un bout de museau.
 

Petits et grands sont interpellés dans leurs idées reçues. Les multiples niveaux de compréhension, point sur lequel Jean-Claude Mourlevat est fidèle à la fable, et le ton régulièrement ironique, permettent à chacun d'y trouver son compte. Et finalement, l'on se rend compte que l'imaginaire peut être plus difficile d'accès que l'intellectualité, contrairement à nos chères idées reçues, précisément.

Un riche exercice pour nous adultes. Un récit qui ouvre l'esprit pour les plus jeunes tout en nourrissant leur capacité à rêver. Ce roman jeunesse apaise et colore, le temps de sa lecture.

    

Rêver et penser ensemble, adultes et enfants. Les ados ne s'y retrouveront sans doute pas, l'imaginaire pur n'est "pas leur came" , mais ils y reviendront, espérons grâce à nous, adultes. Quand ils auront compris que comme disait Einstein, « l'imagination est plus importante que le savoir. »

 

Jean-Claude Mourlevat - Jefferson – Editions Gallimard Jeunesse (à partir de 9 ans) – 9782075090254 – 13,50€




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