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Jésus-La-Caille, Francis Carco

Clément Solym - 13.08.2008

Livre - Jesus - Caille - Francis


« Je vous parle d'un temps... » Voilà, dès les premières lignes, l'atmosphère qui se place et la parole de Francis Carco qui s'instaure dans l'esprit. Le Paris dans lequel nous sommes immergés n'a rien de commun avec celui que l'on connaît. Cela en devient troublant au point que l'on ne comprenne plus réellement quel lien les deux villes entretiennent, outre qu'elles partagent quelques noms de rues.

Montmartre, comme jamais... Lieu favori de la population homosexuelle, c'est toute une ambiance incroyable qui se dégage autour de leur quotidien. Tout commence avec Bambou, qui a été donné aux flics, salement vendu par une balance dont on ignore ce qu'elle aura pu tirer de son larcin. Bambou, c'est l'homme de Jésus-La-Caille. Lui a réussi à s'enfuir quand le client qu'ils avaient tous deux s'est révélé être un condé, mais son homme n'a pas eu cette chance.

Alors, la suspicion devient palpable : on soupçonne le Corse, ou la Vache, tandis que Fernande écoute sans moufter les conversations et les rancoeurs qui se ravivent. Un mec donné comme ça n'annonce rien de bon pour les habitués : ça plombe sacrément le moral. Et c'est pas bon pour les affaires. Pour aucune affaire.

Tant et si bien que même La Caille commence à s'éprendre de Fernande. Ce n'est que séduction, tout d'abord, pour devenir plus sérieux, si tant est que Jésus-La-Caille puisse se montrer sérieux avec une femme, lui qui fut tout entier à Bambou... Et si le Corse veille, peu importent les risques finalement : seul compte d'éprouver la vie. Et d'être ce que l'on veut, comme on le veut.


Ce qui marque dès les premières lignes, c'est un langage, une langue datée, argotique et bégueule dont on ne revient pas si facilement. Ça a de la gueule, de la tronche, ça vit, palpite, vibre. On sent les rues d’une cité de jadis qui ruisselle d’une existence tout à la fois proche et infiniment lointaine. Pour autant on entendrait Jean Gabin hurler...

Tout réside dans la langue de Carco. Cette narration n’est semblable à nulle autre. Loin d’un phrasé célinien pourtant en recherche d'authenticité, il nous captive et rend toute cette aventure – déjà passablement réelle, voire clairement authentique, Carco avouant dans son introduction : « Jésus-La-Caille, c'est moi. »  – plus lourde encore de réalité. On arpente les rues avec eux, on est dans la rigole du caniveau, ou peu s'en faut, les lueurs de la nuit sont les nôtres.

C’est un Paris d’antan que l’on retrouve avec ferveur, sentant la misère et la fierté ( « Salops de pauvres ! », entend-on en en filigrane), où l’on croit percevoir le bruit des pas sur les pavés à chaque phrase, faisant corps avec l’histoire la plus petite, celle des homosexuels d’alors, de leurs préoccupations, de leurs aventures.

C’est tout un univers ancien qui renaît dans la mémoire, à mi-chemin entre la ville mythique et la légende historique. Jésus-La-Caille, au-delà du témoignage tout personnel de Carco nous ouvre une page de la vie d’avant. Ni meilleure ni pire. Elle s’impose simplement au lecteur avec magie. La magie d’un passé.


Retrouvez Jésus-La-Caille, sur Place des libraires.





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