Jeu, set et match, Jean-Pierre Brouillaud

Clément Solym - 20.05.2009

Livre - jeu - set - match


Bon, autant je veux bien être un garçon gentil, autant le tennis a pour moi autant d'attraits que la correction de copies d'élèves du bac, l'élaboration d'une mayonnaise ou mieux encore, pardon, pire, la réunion de primates devant un écran lumineux qui beuglent « Allez... » suivi du nom de leur équipe de foot favorite.
 

Et quand Denis, le Roger Federer de Buchet Chastel, m'a envoyé ce livre, j'ai cru à la provocation. L'histoire d'un homme qui a vécu à travers une passion et un homme Guillermo Vilas, sportif de son état, mais tennisman de profession. Peut-être est-il préférable d'expliquer le pourquoi de mes réticences vis-à-vis du tennis : loin de moi l'envie de critiquer, mais cette sorte de ping-pong géant où les types sont montés sur la table, recouverte de terre battue – la spécialité de Guillermo Vilas – ou de gazon, me paraît définir ce que Pascal aurait pu appeler « l'inanité de l'Homme sans Dieu ».

 

Oh, certes, un peu comme tous les autres sports – et attendez de découvrir le horseball... un must ! - mais définitivement, celui-ci ne m'évoque que pitié et compassion pour ces deux bonhommes qui séparés par un filet et qui ne pourront se prendre dans les bras l'un de l'autre, rompant ce mur de nylon entre eux, qu'après avoir tapé et raté une balle jaune assez longtemps.

 

C'est dire que j'étais le public le mieux choisi... L'avantage, c'est que si le livre parle de Guillermo, et pour le coup, on se refait toute sa biographie, c'est surtout pour raconter comment ce professeur de droit (commercial, entre autres) va découvrir Internet. Et entamer une collection. Attention : pas le type qui achète par-ci, par-là trois porte-clefs de tour Eiffel après être venu à Paris. Nan, trop facile.

 

Ici, on parle de premiers achats raisonnés de magazines évoquant les victoires du sieur Vilas, puis de raquettes, et finalement de milliers d'euros régulièrement dépensés pour acheter un DVD de match, de finale... Bref, un monomaniaque compulsif qui finit par perdre sa femme, son fils, son boulot, ses parents – et son père en premier – ses amis (déjà peu nombreux), pour ne plus passer son temps que sur le net, avec l'angoisse de rater l'occasion du siècle, telle ou telle retransmission copiée sur DVD pour 2000 € - un prix dérisoire.

 

Bon. Et c'est maintenant que je me venge et que je fais mon Naulleau ? Même pas. D'abord, parce que Jeu, set et match m'a fait passer un bon moment : il lui manque un quelque chose qui creuse plus loin dans la folie et cette retenue dans la chute ne convainc pas assez. J'en voulais plus, beaucoup plus. D'autre part, son écriture m'a l'impression d'une voix monocorde, d'un narrateur monotone : évidemment, il ne vit que pour eBay ou les sites de fans de Guillermo, mais si le style est agréable, il n'a pas de pointe ou d'envolée : on reste assez stable et... c'est dommage.

 

C'est ce que j'appelle un bon moment ? Oui, parce que vraiment je craignais le pire et que je me rends compte combien je suis en fait un homme tolérant à l'égard de pauvres hères. Que l'idée était bonne et si je ne la trouve pas complètement aboutie, d'une part elle peut fonctionner pour d'autres mais elle m'a en plus fait tenir jusqu'à la fin du livre : j'ai tout lu d'un bout à l'autre, non pas comme l'on boit la coupe jusqu'à la lie, mais avec la curiosité piquée et amusée du « Comment cela finira-t-il » ?

 

À offrir aux passionnés, sans hésiter, parce qu'ils ne manqueront pas de s'y retrouver et que ces petits livres sont assez rares pour faire partie d'une bibliothèque.