Joséphine de Beauharnais : aux côtés de Napoléon, une femme de pouvoir

Audrey Le Roy - 19.01.2016

Livre - Joséphine Beauharnais - paradoxe cygne - impératrice Napoléon


Joséphine de Beauharnais doit-elle être réhabilitée ? C’est en tout cas ce à quoi s’attache Pierre Branda dans sa biographie publiée chez Perrin, Joséphine. Le paradoxe du cygne. Il faut dire que son image n’est pas exceptionnelle. Jugée volage et (trop) calculatrice, plus intéressée par son apparence que par autre chose, ou encore responsable du rétablissement de l’esclavage, car elle avait des intérêts financiers à la Martinique, voici, effectivement un portrait peu flatteur.  

 

Le sacre de Napoléon, par David

 


Pierre Branda va donc mener une enquête très fouillée pour voir si tous ces reproches sont justifiés. Enquête difficile, car Joséphine n’a jamais écrit de mémoires. L’auteur constate qu’elle est « assurément une grande muette de l’histoire. » Les sources écrites, sur la vie de l’impératrice, sont donc pour la plupart issues de ses contemporains et l’on sait tout ce que cela peut avoir de subjectif. Du reste, l’auteur dispose tout de même de nombreuses lettres authentifiées (plus de six cents), écrites de la main de Joséphine, dont il se sert comme base pour nous renseigner sur l’impressionnante vie de la jeune créole devenue impératrice.

 

Joséphine de Beauharnais… rien que ce nom est une construction qui ne doit rien à la principale intéressée. Elle ne l’utilisa jamais, mieux elle ne l’entendit jamais. 


Née Marie-Joseph-Rose de Tascher de la Pagerie, le 23 juin 1763, elle s’appela Marie-Rose de Beauharnais suite à son mariage, désastreux, avec Alexandre de Beauharnais, le 13 décembre 1779. Puis Joséphine Bonaparte, après son mariage avec Napoléon Bonaparte, le 9 mars 1796. C’est Bonaparte qui la baptisa Joséphine. Il faut dire que ce grand romantique avait pris l’habitude de changer le prénom de ses conquêtes, il fit de même avec son premier grand amour, Désirée Clary, qu’il appela Eugénie. 

 

Des jeunes années difficiles…

 

Mais revenons-en à la jeune créole de quinze ans qui s’apprête à quitter la Martinique pour épouser, à Paris, un jeune homme qu’elle ne connaît pas. La légende veut qu’avant son départ une vieille esclave lui ait dit ceci : « Vous vous marierez bientôt ; cette union ne sera point heureuse ; vous deviendrez veuve, et alors… vous serez reine de France ; vous aurez de belles années, mais vous périrez dans une émeute. »  Que vous soyez superstitieux ou cartésiens, cela résume assez bien sa vie… dans les très grandes lignes. 

 

Son mariage avec Alexandre de Beauharnais sera effectivement une catastrophe, mariée à seize ans, mère à dix-sept, vivant séparée de son mari à vingt, les débuts, de celle qui n’est encore que Marie-Rose, ne font pas rêver. Cependant Joséphine ne se laisse pas abattre. Quand son mari l’accusera d’adultère, elle se défendra bec et ongles pour sauver son intégrité.

Cette biographie nous apprend que Joséphine avait un réel don, celui d’obtenir très régulièrement ce qu’elle voulait. Elle réussit à se faire un réseau important parmi les personnes les plus influentes, et ce à toutes époques de sa vie. Les Tallien, Barras, Hoche, Fouché, et bien d’autres. Cependant, tous ces illustres personnages n’étaient là que pour lui permettre de mieux arriver à ses fins… et à payer ses dettes. 

 

Elle empruntait aux uns pour mieux rembourser les autres, savait rendre de menus services pour mieux en recevoir et elle savait, le cas échéant, les réclamer avec courtoisie certes, mais néanmoins explicitement. Mais à se servir des uns et des autres puis finir par les ignorer quand la conjoncture le nécessite, entraîne forcément des mécontentements et ses « amis d’hier » devinrent ses pires détracteurs. Ainsi, faut-il croire sur parole ces gens qui, pour certains, vont remettre en cause sa vertu et son intégrité ? Pierre Branda semble en douter et va tenter de démontrer que Joséphine n’était pas la femme légère que l’on imagine. Soit ! Si l’on est effectivement tenté de donner du crédit aux « preuves » qu’il présente concernant sa vertu, il n’arrive pas, pour autant, à nous persuader de la totale innocence de celle-ci. Elle n’était peut-être pas une « aventurière », mais une femme intéressée, calculatrice et ambitieuse, très certainement. Le cygne n’arrivera pas, sous la plume de l’historien, à se transformer en oie blanche. 

 

 

 

Rencontre avec Napoléon Bonaparte

 

Après les années difficiles de la Révolution française, la mort de son mari et la prison, Joséphine, par l’entremise de Barras, fit la rencontre de Bonaparte. L’auteur nous assure qu’il ne s’agissait pas là d’un mariage d’argent puisque les deux étaient sans fortune. Napoléon avouera cependant qu’il la croyait riche, mais essayons d’être romantiques… 

 

Joséphine et Bonaparte se marièrent, civilement, le 9 mars 1796, deux jours plus tard Bonaparte partait pour l’Italie. Et il est vrai qu’à lire les lettres passionnées de celui-ci, on ne doute pas qu’il soit à ce moment amoureux de sa femme : « Chaque instant m’éloigne de toi, adorable amie, et chaque instant je trouve moins de force pour supporter d’être éloigné de toi. Tu es l’objet perpétuel de ma pensée ; mon imagination s’épuise à chercher ce que tu fais. »


Est-ce un amour réel ou un amour fantasmé lié à l’éloignement ? Toujours est-il qu’il demanda à Joséphine de venir le rejoindre en Italie. Cela allait demander du temps. Il fallait, pour partir, que le Directoire autorise le voyage et il faut bien avouer, en outre, que Joséphine n’avait absolument pas envie de quitter Paris. Mais dès qu’elle eut son passeport, elle fit ses bagages. 


Bis repetita : Amour réel ou amour fantasmé lié à l’éloignement ? À vous de juger. Quand Joséphine arrivera en Italie, « Bonaparte jouera les maris fantômes pendant tout l’été 1796. Au total, le couple ne passera ensemble que deux jours en juillet et trois en août. Les mois suivants, la présence du général sera tout aussi épisodique. » On imagine la joie de Joséphine. 

 

Si ça n’était pas un mariage d’argent, en tout cas Joséphine avait misé sur le bon cheval. L’ascension de Bonaparte est alors fulgurante, et malgré les différentes tentatives de ses frères et sœurs pour ternir l’image de Joséphine, rien y fera, il entraînera sa femme dans son sillage. 


Devenu consul à vie, la question de l’héritier potentiel commença à faire surface. Mais à cette époque, la question de savoir qui est stérile dans le couple n’a pas encore de réponse. Ainsi une solution fut trouvée, on maria Hortense, la fille de Joséphine, à Louis, frère de Bonaparte. Ensuite « en adoptant les enfants à naître de Louis et d’Hortense, Joséphine et Bonaparte pourraient désigner l’un d’entre eux comme héritier naturel. » Joséphine pouvait respirer quelque temps encore. 

 

Le divorce, par Frédéric Henri Schopin

 

Un bien court apogée… 

 

De consul à vie à empereur, il n’y avait qu’un pas. Il fut franchi le 2 janvier 1804. Le même jour, Joséphine était sacrée impératrice ! Depuis le sacre de Marie de Médicis (le 13 mai 1610), aucune reine en France n’avait été sacrée, il faut dire que, le lendemain de la cérémonie, Henri IV était assassiné par Ravaillac, on y voyait donc une sorte de malédiction.

Joséphine était enfin la femme la plus puissante de France. Mais suivre le rythme de Napoléon n’était pas une sinécure et garder son homme quand celui-ci est convoité par toutes les femmes de l’empire, a de quoi vous donner des sueurs froides… Quand on sait que Joséphine était d’une nature anxieuse et jalouse, on devine qu’elle devait régulièrement faire des scènes à son Bonaparte, mais celui-ci savait lui répondre : « La bonne, la tendre Joséphine ne peut être effacée de mon cœur que par Joséphine elle-même, mais elle est devenue chagrine, ombrageuse, tracassière. Ma vie se compose de bien des peines, un intérieur doux, aimable et libre de toute contrainte peut seul me les faire supporter. » La menace est à peine voilée, Joséphine devait se soumettre et garder pour elle ses angoisses si elle souhaitait garder sa place. 

 

La fin

 

Et pourtant, de divorce il allait bien être question et ses crises n’en furent pas la raison. Le 13 décembre 1806, « Éléonore Denuelle de La Plaigne mit au monde un enfant mâle de père “absent” prénommé Léon. Le prénom ne trompait personne, ce Léon-là était le fils du grand Napoléon. » La stérilité du couple ne venait donc pas de l’empereur. Quelques mois plus tard, Napoléon se trouvait en Pologne, il tomba amoureux de Maria Walewska. « Le 18 janvier 1807, il lui écrivit ces quelques mots : “Je n’ai vu que vous, je n’ai admiré que vous, je ne désire que vous.”. » La même année, le 5 mai 1807, Napoléon-Charles, fils d’Hortense et de Louis, héritier présomptif, « s’éteignit dans les bras de sa mère ». Napoléon éprouva un énorme chagrin, mais il comprit alors que son empire, pour perdurer, avait besoin d’un héritier, son héritier ! En outre, Maria Walewska, son « épouse polonaise » lui avait aussi donné un petit Alexandre. Napoléon savait faire des garçons. 

 

Le règne de Joséphine touchait à sa fin. Un soir de novembre 1809, à Fontainebleau, Napoléon annonça à Joséphine qu’il la quittait, qu’il la sacrifiait pour la postérité de l’empire. Les larmes, les cris, les malaises, rien ne le fit changer d’avis. Il lui promettait d’aller la voir souvent, de continuer à chérir ses enfants et qu’elle pourrait garder la Malmaison. Il lui offrit également le château de Navarre qui était dans l’Eure (aujourd’hui disparu) et évidemment une pension pour ne manquer de rien. 


Le 16 décembre, la dissolution du mariage fut prononcée. Le 11 mars 1810, il épouse par procuration Marie-Louise d’Autriche, le 1er avril a lieu l’union civile et le 20 mars 1811 naît l’héritier tant attendu, Napoléon François Charles Joseph, dit « l’Aiglon ». Pendant ce temps, Joséphine était allée voir son fils en Italie, s’éloigner, mais ne pas s’exiler. Une fois de retour, Napoléon continuera à lui rendre visite de temps en temps, en le cachant à sa nouvelle femme. Le 30 avril 1812, elle le verra pour la dernière fois. Il passa la voir avant de partir en Russie. « Pendant plus d’une heure, ils firent quelques pas dans le jardin sans se cacher, paraissant si heureux de se retrouver. »

 

L'impératrice Joséphine, par François Gérard

 

 

Joséphine. Le paradoxe du cygne. Voici une biographie complète, qui réfute l’idée d’une « Joséphine Messaline » tout en acceptant le fait que c’était une femme ambitieuse. 


L’histoire entre Napoléon et Joséphine ne fut pas de tout repos, mais ces deux-là avaient une profonde affection l’un pour l’autre et Napoléon l’aima d’un amour sincère, ce qui lui permit de fermer les yeux sur les imperfections de sa femme, qu’elles concernent le soupçon d’adultère avec un certain Louis-Hippolyte Charles ou bien son goût prononcé pour les dépenses et les petites intrigues qui allaient avec.


Joséphine s'éteint le 29 mai 1814 d’une « infection pulmonaire contractée quelques jours plus tôt ». Napoléon, après sa seconde abdication, dira à Hortense : « C’était bien la personne la plus remplie de grâce que j’ai [sic] jamais vue. Elle était la femme, dans toute la force du terme, mobile, vive, et le cœur le meilleur. »


Pour approfondir

Editeur : Perrin
Genre : biographies...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782262040864

Joséphine, le paradoxe du cygne

de Pierre Branda

Au-delà des images et des caricatures toujours reproduites, la découverte d'une autre Joséphine, attachante et troublante. Elle ne s'appelait pas Joséphine de Beauharnais, mais Marie-Joseph-Rose de Tascher de La Pagerie. C'est par la grâce de Napoléon qu'elle prit le nom de Joséphine, puis le titre d'impératrice. Ce premier mystère en cache beaucoup d'autres, dont Pierre Branda lève successivement les voiles. Certes, la Créole avait la grâce du cygne, dont elle se fit un instrument efficace, au point d'être désignée comme " l'incomparable ", de sa naissance à la Martinique en 1763 jusqu'à sa mort à Malmaison en 1814. Mais, bien plus que ses prouesses et ses trahisons amoureuses réelles ou supposées, l'auteur fait valoir la femme de réseaux, d'influence et d'argent, l'hostilité jamais démentie du clan Bonaparte à son égard et envers ses deux enfants, son goût pour la nature et les arts, et surtout ce lien complexe et indéfectible avec Napoléon dont elle accompagna la vertigineuse ascension sans connaître la chute ultime. Loin de la légende noire comme des potins anecdotiques, Pierre Branda redonne vie à une femme de tête autant que de corps aux prises avec la grande histoire, dont elle sut tirer parti tout en subissant ses coups.

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