Journal d'un caméléon : le monde en marge de Didier Goupil

Mimiche - 20.10.2016

Livre - Littérature française - hôpital psychiatrique - folie


Dans les couloirs d’une institution psychiatrique dans laquelle il est interné, un homme cherche on chemin qu’il semble incapable de retrouver deux fois de suite.

 

Pourtant, aller au fumoir plusieurs fois par jour aurait dû lui imprimer le chemin au moins dans une sorte de mémoire physique. Mais la blancheur uniforme des murs, des portes, des couloirs rend la tâche bien au delà de ses capacités même si, pour les augmenter, il use d’une boussole qui, de toutes façons, ne l’aide pas vraiment.

 

Et le retour vers le dortoir ou la salle à manger s’avère au moins aussi laborieux pour les mêmes raisons.

 

Etait-ce un des effets des médicaments dont le médecin le gavait qui, comme pour tout penchant sexuel, disparu depuis son internement, lui faisait perdre tous ses moyens ? Ce bon docteur qui était convaincu que tout individu devait répondre à une molécule censée régler tous ses problèmes ?

 

Des problèmes qui avaient débuté par la chute d’un petit ange de cinq ans qui, voulant échapper aux autres enfants qui la cherchaient, s’était trop penchée par la fenêtre d’une chambre et avait atterri sur la terrasse de la maison, un étage plus bas, plongeant ses parents dans une apathie brisant en un instant des années de bonheur sauvage.

 

Et la vie avait fait, ensuite, le nécessaire pour déstabiliser encore un peu plus un être déjà quelque peu cyclothymique, finalement meurtri à jamais, incapable de retrouver un équilibre et laissant cohabiter toutes ses mues de caméléon.

 

 

Au cours du cheminement de la narration, à la suite de ses héros, dans les arcanes des corridors d’un hôpital tout blanc, Didier GOUPIL déclenche des « flashes back » qui éclairent le dérèglement psychiatrique d’un homme naturellement instable et développe une intéressante théorie sur l’évolution de la société en voie de préférer bientôt externaliser « sa sensibilité, sa folie intérieure » pour échapper « aux mornes plaines promises par une vie normale ».

 

Une externalisation par les mots supposés, une fois couchés sur le papier, délester l’être humain d’une partie de ses obsessions, de ses angoisses, de ses dépressions.

 

Des mots qui, comme la peinture, serviraient à projeter sur un support physique toutes les affres que subit l’âme pour en endiguer les tourments qui l’agressent.

 

Et c’est là qu’apparaît un mystère pour moi : pourquoi a-t-il fallu que Didier GOUPIL nomme son héros du patronyme d’un architecte catalan bien vivant, artiste éclectique mais peintre de son état majeur ? Peintre dont Didier GOUPIL signe un portrait-reportage élogieux sur le site de l’artiste.

 

Making of exclusif Fnac : Traverser la Seine, de Didier Goupil 

 

 

J’avoue avoir été, là, totalement désarçonné à mon tour et perdu dans mille conjectures. Quel lien avec l’être réel ? Quel message pour cette association ? Quelle folie dans le peintre et son oeuvre ? Toutes interrogations à ce jour restées sans réponse.

 

Ce n’est pas grave. Ce détour au cœur de la folie ordinaire reste un intéressant moment de lecture qui ne manque pas de mettre en évidence l’étroitesse du chemin qui sépare le “normal” de l’“anormal” et l’extrême facilité qui conduit au passage de l’un à l’autre.


Pour approfondir

Editeur : Serpent A Plumes Editions
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9791094680056

Journal d'un caméléon

de Didier Goupil

Un peintre erre dans les couloirs de sa mémoire, une boussole à la main. Il cherche le fumoir et les raisons qui l’ont mené dans cet étrange établissement psychiatrique où pendant que les escargots s’aiment éperdument, les patients passent des heures à attendre leur tour près d’un téléphone qui ne fonctionne pas. Didier Goupil, avec ce roman inspiré, dresse le portrait de l’artiste-caméléon, endossant toutes les personnalités au risque de s’y perdre, toujours à la recherche d’une nouvelle vérité. Un roman captivant sur la création et sur son pendant, la bipolarité. Au sujet de Femme du monde : « Il ne faut pas tenter de résumer ce récit étonnant, d’une parfaite originalité… Le lecteur mesurera combien la psychologie réduite à presque rien et tout le pathos évacué, une émotion pure peut naître. » Patrick Kéchichian, Le Monde

J'achète ce livre grand format à 18 €

J'achète ce livre numérique à 11.99 €