Juliet, Naked, de Nick Hornby

Clément Solym - 14.05.2010

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Juliet, Naked. Un titre qui sonne comme un opus culte pour le plus pop des auteurs anglais. Dans 31 Songs, Nick Hornby dressait la liste de ses chansons favorites. Avant cela, Rob, disquaire et héros désabusé de Haute fidélité, obsessionnel des listes, lui aussi, inventoriait à l’infini ses morceaux-préférés-de-tous-les-temps. Dans les livres de Nick Hornby, un son des Smiths, c’est un peu comme une vieille fille de province dans un volume de la Comédie humaine. Une empreinte. Dans ce nouveau roman, à travers la figure de Tucker Crowe, icône d’une scène rock US envolée, recluse à la manière d’un Salinger, il est toujours question de musique. Du couple, également, de la difficulté d’aimer, des choix et des conséquences inattendues du temps qui passe sur l’esprit des uns et des autres.

À Gooleness, petite station balnéaire du nord de l’Angleterre, les habitants sont tout droit sortis d’un épisode de Little Britain. Annie et Duncan, quarantenaires moins quelques années, y égrènent leur existence autour d’une passion devenue commune : Tucker Crowe. Cette ancienne figure du rock eighties est un peu l’enfant qu’ils n’ont pas eu. C’est en tout cas l’avis de Duncan, vieil adolescent qui fait durer le suspense, crowelogue opiniâtre qui devise et spécule sans compter sur le blog qu’il tient ardemment en hommage au chanteur-déserteur. Annie frise la lassitude. L’horloge tourne. Et ce n’est ni Malcolm, psychologue de son état, rigide et intrusif, ni ses collègues du musée qui affirmeront le contraire.

© N.R.
De sa retraite de l’autre côté de l’Atlantique, Tucker Crowe a perdu de sa superbe et observe les dommages collatéraux d’une vie dissolue. Vingt ans ont passé depuis qu’il a mis fin à sa carrière et, une poignée d’enfants à peine reconnus plus tard, c’est une nouvelle version de son album phare Juliet, intitulé Juliet, Naked, qui va faire voler en éclats la léthargie et emporter les presque regrets. Quel rapport, autre que virtuel et fanatique, entre le « grand » Tucker, Duncan et Annie ? De l’écrit, des voyages surgiront des rapprochements qu’on n’aurait pas soupçonnés.

On trouvera, perdus dans cette galerie de personnages en proie aux doutes, un ancien mannequin embourgeoisé, un croc de requin qui fait parler de lui, des fans en grande forme et un enfant de moins de dix ans déjà bien névrosé. Le tout sur un ton empreint d’humour et de dérision servant délicatement des vies sur le fil du rasoir : « Les musiciens étaient tous des enfoirés et ce depuis le jour où on avait inventé le luth. »

Cinq ans après Vous descendez ?, qui réunissait sur le toit d’un immeuble londonien quatre âmes au bout du rouleau bien décidées à foutre définitivement leur vie en l’air, on assiste de nouveau au croisement d’hommes et de femmes en crise que rien ne prédestinait à se rencontrer. Dans la désespérance de Juliet, Naked, il y a, toujours, cette insouciante légèreté que tisse Nick Hornby roman après roman. Parions que c’est pour cette raison qu’on se surprend parfois à vouloir rejoindre Annie, Duncan, Tucker et les autres dans ce qui avait pourtant l’air d’un marasme. « Personne ne revient jamais », lit-on. Ce qui est sûr, c’est que tout cela a bien eu lieu.