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Jungle à Calais, ZAD à Notre-Dame : ouvrir les yeux, les ouvrir grand

Auteur invité - 03.08.2018

Livre - Catherine Zambon théâtre - sketches société - Jungle Calais migrants


THÉÂTRE – Le titre l’annonce et tiendra ses promesses : dans sa nouvelle pièce, Catherine Zambon nous parlera d’aveuglement, d’aliénation, de réveil des consciences et de résistance verticale. 




 

Dans une composition éclatée où les monologues successifs d’une dizaine de personnages sont entrecoupés de chœurs, d’intermèdes et de poèmes, notre imagination de lecteur/spectateur voyage entre différents lieux simultanés de résistance du territoire national : le barrage de Sivens, la ferme des mille vaches en Picardie, la jungle de Calais, Notre-Dame-des-Landes, ou le site de Bure en Meuse désigné pour l’enfouissement de déchets radioactifs. 

 

Au confessionnal, à la barre ou face à l’œil intime de la caméra documentaire, se succèdent un pêcheur du dimanche happé par l’exaltation des assemblées citoyennes, un pilote de ligne prêt à engager son expertise et celle de ses collègues dans le dossier nantais, une néoagricultrice à visage humain qui s’oppose à la concurrence déloyale de l’élevage industriel, un ébéniste (sic !) qui succombe au charme des arbres et de la vie en forêt...

Ou un père autocritique qui prend conscience d’avoir tout raté dans l’éducation conformiste et petite-bourgeoise de sa fille unique, un chercheur au CNRS enfin qui, suivant la détermination de son père, ancien cheminot issu de l’immigration polonaise, plaque tout pour descendre à Sivens, rendre hommage à Rémi Fraisse, jeune botaniste de vingt ans passionné par la vie des renoncules. 
 

Le propos de Catherine Zambon est grave, précis et très documenté. Mais la dynamique et l’allégresse de son écriture tiennent beaucoup au langage commun, quotidien, que partagent toutes ces voix singulières, sans jamais les entraver dans leur élan poétique, voire parfois dans leur souffle lyrique.

Les sketches récurrents des « Égarés », ce duo d’automobilistes-clowns dont le destin est de se perdre sur des sites en lutte et de n’y rien comprendre, aèrent et allègent avec bonheur la pesanteur des conflits. Le chœur quant à lui emprunte à Perec pour décliner en anaphore les « je me souviens » puis les « j’apprends que »... 

 

Les poèmes enfin, glissés comme des intermèdes et intitulés « Cri(s) », nous rappellent l’écriture furieuse et indignée du grand Gatti. Le tout construit un très bel hymne polyphonique à la convergence des luttes associatives. 
 

Yannic Mancel 

 

en partenariat avec l'AR2L Hauts de France

   

 

Catherine Zambon – Nous étions debout et nous ne le savions pas – Editions La Fontaine – 978-2353610655 – 12 €




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