Juste après la vague : Qui vas-tu laisser ?

Cécile Pellerin - 14.02.2018

Livre - Famille - Réfugié climatique - choix


Dans ce nouveau roman de Sandrine Collette, plus que le suspense ou les rebondissements, c’est avant tout une ambiance pesante, un cadre resserré, une situation tragique inéluctable d’emblée exposée, qui ancrent le lecteur dans un état de stress et d’angoisse et lui laissent peu d’échappatoire.
 



Eprouvé jusqu’au terme de l’histoire, oppressé par une unité de lieu sans limites (de l’eau à l’infini) et une unité de temps réduite, captif d’un nombre limité de personnages tous issus de la même famille, il assiste, impuissant aux événements terrifiants qui se succèdent.
 

Et ce qui le sauve, ce qui l’empêche de renoncer à sa lecture, au-delà de l’écriture expressive de Sandrine Collette, au-delà de la puissance réaliste et convaincante des personnages principaux, au-delà même du rythme, allié habilement cette fois aux mouvements marins, au tumulte des vents et en même temps calibré pour exhaler l’attente, l’immobilité, l’abattement ; c’est l’espoir qu’il pourra saisir dans les tous derniers mots. Ouf !
 

Un volcan s’est effondré dans l’océan et a soulevé une vague démesurée. Des villes entières ont disparu et l’eau continue de monter, submergeant progressivement les sommets du monde. En sursis sur une colline, une famille de neuf enfants résistent autant qu’elle peut. Mais, les secours n’arrivent pas, la nourriture se fait plus rare et chaque jour davantage, le niveau de l’eau monte sur leur terrain et l’encercle peu à peu, inexorablement. Il faut partir, tenter d’atteindre les terres hautes. Et commencer une autre vie.
 

La barque familiale ne pourra transporter tout le monde. Louie, Noé et Perrine (les enfants du milieu) sont abandonnés par leurs parents. Commence alors, d’un côté, une lutte pour survivre à trois, sans adultes et de l’autre, une expédition en mer périlleuse et aléatoire, où les tempêtes successives épuisent et meurtrissent autant que le sentiment de culpabilité et de désespoir insoutenable que la mère ne parvient pas à dépasser. “Le cœur chamboulé par le chagrin et la rage […] Voudrait s’endormir et ne jamais se réveiller […] Qu’on la laisse pour de bon, mérite pas mieux, se tapir bien au fond loin de la vie qui ne vaut rien…”
 

La fureur de la mer, la douleur de l’abandon et l’isolement, les souffrances physiques, la folie, l’épreuve de l’exil, la mort et le chaos, la perte d’humanité inondent le récit, manifestes à chaque page, presque insoutenables par moments et l’apaisement, si fragile et bref, intensifié par la solidarité fraternelle, la cohésion familiale, l’amour maternel et inconditionnel, les rencontres improbables, l’instinct de survie, apporte au récit une lumière et une douceur inattendues que le lecteur apprécie comme une délivrance.
 

A l’instar des précédents romans, Sandrine Collette excelle à décrire le désespoir mais contrebalance cette noirceur avec des personnages qui, au-delà des événements sordides et cruels qu’ils traversent, révèlent une volonté et une résistance accrues, une solidarité et une humanité profondes.  

 

Sandrine Collette - Juste après la vague – Denoël – 9782207140680 – 302 pages – 19,90 euros.

 




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