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Justine et autres romans : sexe et philosophie

Cécile Pellerin - 14.11.2014

Livre - Littérature française - Sade - érotisme


Le Marquis de Sade est mort le 02 décembre 1814, et c'est avec un grand nombre de rééditions et une exposition au Musée d'Orsay de Paris, « Sade. Attaquer le soleil »,* (14 octobre-25 janvier 2015) que l'écrivain, pourtant longtemps censuré et interdit, sera célébré en cette fin d'année.

 

Sorti de « l'Enfer des bibliothèques » en 1947 grâce à l'éditeur (aujourd'hui décédé) Jean-Jacques Pauvert, qui publia la totalité de son œuvre (en dépit de nombreux procès) puis intégré à la Pléiade dans les années 1990, l'auteur, a acquis au XXème siècle une reconnaissance et une consécration littéraires ; désormais lu par tous, offert au public (et non plus sous le manteau), et considéré depuis comme un classique de la Littérature française, ce personnage audacieux et courageux, (27 ans de prison au total), provocateur et subversif, tourmenté par ses désirs, libertin et révolutionnaire, profondément athée, mérite la curiosité du lecteur, averti ou non.

 

 Ainsi, lisez Sade, non seulement d'ailleurs pour les thèmes érotiques ou pornographiques qu'il aborde (la flagellation, la sodomie, la scatologie, la coprolagnie, et j'en passe !) mais aussi pour vous faire un avis sur son écriture et son style, encore contestés (« le meilleur roman de Sade, c'est encore sa vie », Pierre Lepape), prétendus monotones notamment par l'usage des répétitions alors que d'autres voient dans ces énumérations, toute la modernité de l'écrivain.

 

Si vos finances vous le permettent, ce volume de la Pléiade contient trois récits majeurs et s'efforce de rendre compte de l'évolution de l'auteur. Il est une introduction intéressante à l'univers de Sade et permet de suivre l'écrivain durant dix ans de sa vie, dans ces moments précis qui voient le basculement de l'Ancien Régime dans le monde post-révolutionnaire.

 

Les Cent Vingt journées de Sodome, sorte d'accumulation de supplices et de perversions, sans exposé philosophique ; Justine ou les malheurs de la vertu, roman-mémoire à la première personne où naissent des réflexions philosophiques et La Philosophie dans le boudoir, sorte de roman dialogué mais aussi chronique révolutionnaire, qui tour à tour, rendent compte de la variété formelle des textes et de tonalités mélangées.

 

 

Sinon, en format poche, accessible et original, Folio Classique propose une édition limitée (9,40 euros) de la Philosophie dans le boudoir, présentée sous un étui et comportant cinq gravures de l'édition d'origine parue en 1795. Même si le texte de Sade fourmille de descriptions visuelles et enflammées nées d'une imagination sans limites, ce supplément iconographique intrigue et déconcerte, amuse aussi et offre à l'ouvrage une petite touche libertine supplémentaire. L'éducation érotique et sexuelle que Mme de Saint-Ange souhaite apporter à Eugénie, sa nièce de 15 ans, avec la complicité  de son frère, d'un ami de son frère et du jardinier, ne devrait ainsi plus avoir de secrets  pour le lecteur.

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/sade-marquis-de/la-philosophie-dans-le-boudoir-etui,63320488.aspx

 

Enfin, ne manquez pas de lire l'ouvrage d'Annie Le Brun (La spécialiste de Sade, initiée par Jean-Jacques Pauvert et commissaire de l'exposition Sade au Musée d'Orsay), Soudain, un bloc d'abîme, Sade (Folio Essais, 8,40 euros), conçu en 1985, comme une introduction aux œuvres complètes de Sade et qui montre combien Sade est tout à la fois un révolutionnaire, un penseur politique et un moraliste, mais aussi un penseur et un écrivain hors du commun, visionnaire et fascinant, même au XXIème siècle.

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/le-brun-annie/soudain-un-bloc-d-abime-sade,62261553.aspx

 

 

 

 

* « L'exposition met en lumière la révolution de la représentation ouverte par les textes de l'écrivain. Seront abordés les thèmes de la férocité et de la singularité du désir, de l'écart, de l'extrême, du bizarre et du monstrueux, du désir comme principe d'excès et de recomposition imaginaire du monde, à travers des oeuvres de Goya, Géricault, Ingres, Rops, Rodin, Picasso… »