Kapitoil : pétrole virtuel, argent réel

Xavier S. Thomann - 12.05.2014

Livre - Wall Street - Finance - Doha


Karim Issar débarque à New York un beau jour de l'année 1999, en provenance de Doha. Employé modèle de groupe financier Schrub, il est chargé de limiter les conséquences informatiques du passage à l'an 2000. Voilà pour la situation initiale de Kapitoil de Teddy Wayne, réédité dans la collection Piccolo chez Liana Levi. Mais Karim est un informaticien aux ambitions autrement plus vastes. Dès qu'il dispose d'un peu de temps libre, il écrit des programmes pour prévoir les évolutions du marché. Quand il n'est pas occupé à peaufiner son anglais ou à découvrir les mœurs américaines, il enchaîne les lignes de code, à défaut des lignes de coke.

 

Très vite, sa logique sans faille et son goût prononcé pour l'informatique vont lui permettre de créer le programme miracle. Celui qui va offrir à ses employeurs la possibilité de prévoir les cours du pétrole avec une efficacité sans précédent. Forcément, Mr Schrub est très content et il fait tout son possible pour amadouer et endormir le jeune qatari. Weekend à Greenwich, voyages en hélicoptère, chauffeur privé, loge VIP aux matchs de baseball… À leur tour, ses collègues, qui prennent la mesure de l'importance de leur nouvel ami, lui font découvrir le New York branché et ses nuits de débauche.

 

Il est alors moins question de thriller financier ou technologique que d'une satire réussie de la société américaine. Car, en plus d'être fondamentalement logique et rationnel, le jeune homme a bien du mal à se départir de sa naïveté et de sa politesse. Sans oublier une foi inébranlable en le capitalisme occidental : « Certains employés ont perdu leur travail, mais ils ne rapportaient sûrement pas assez. Et si Kapitoil maintient un rendement élevé, peut-être que nous pourrons réembaucher ces employés ». Ben voyons… Quelques compromis plus loin, le voilà donc en train de trinquer à coups de vodka orange et de grands crus. Selon lui, refuser reviendrait à manquer de respect.

 

Il n'empêche, sa naïveté, combinée au fait qu'il enregistre toutes ses conversations sur un dictaphone (sic), lui confère bien malgré lui une certaine distance sur les évènements et le comportement des Américains. Karim devient ainsi un candide à Wall Street. Ce qui ne manque pas de provoquer des situations cocasses. Ses amis lui faussent compagnie lors d'une soirée arrosée ? « J'ai envie de partir, mais je dois surveiller la vodka et le jus d'orange car il en reste encore 25 %» Alors qu'il est affairé à peser le pour et le contre de ces situations au moyen d'équations, l'arnaque se profile à l'horizon. 

 

Pour Karim, la leçon sera rude, mais salvatrice. Au final, une comédie geek et morale qui, en dépit de quelques rebondissements convenus et attendus, offre une lecture agréable. Du reste, l'action se situe en 1999, mais elle aurait tout aussi bien pu se dérouler en 2007 ou 2008. En matière de finance, peu de choses ont changé.