L'affaire Crownhill, Georges Evens

Clément Solym - 17.12.2009

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Quand la mort frappe dès les premières pages d’un livre, pas de raisons qu’elle ne continue pas tout au long du récit, après tout. Daniel Kronen va commencer par perdre son père, le vieux diamantaire, Aron. Un juif polonais qui a quitté le pays pour les Etats-Unis, afin d’échapper à l’arrivée du IIIe Reich. Il fera fortune progressivement, commençant un boulot sur les docks, pour progresser et presser le bouton du dernier étage dans l’ascenseur social. Qui dans son cas n’est ni resté bloqué au sous-sol ni ne sent la pisse…

Fauché à un âge vénérable, il laisse deux enfants : Esther et Daniel. La sœur s’est investie dans la société Crownhill, le frère est devenu professeur d’histoire. Il travaille à Cambridge, sur le sol anglais. Et voilà. Une affaire sans histoire. Un décès, une succession… et un manuscrit empoisonné pour Daniel. Autant qu’auréolé de mystérieux secrets. Commencé en 1943, poursuivi par un certain Sorodine, ancien des services russes, passé à l’ennemi capitaliste, pour une somme de 200.000 $... L’humain est vénal.

Dans ce livre, récit dans le récit, vive la mise en abîme dans laquelle on vous fait comprendre que le sens véritable du texte, est celui qui s’enfonce le plus loin dans la fiction, et l’incarne au plus haut point, qu’apprend-on ? L’histoire d’un IIIe Reich étrange, avec des protagonistes cryptés, anachroniques ou imaginaires. Un puzzle qu’il faut reconstituer pour remonter un fil, mais surtout arriver à une vue d’ensemble suffisamment large pour englober l’ensemble de ce texte. Tout en décodant les messages qui transparaissent. Balaise.

Et même supra-balaize, le père Daniel, parce que la progression dans le manuscrit Sorodine est poussive, voire carrément obscure. D’abord, et par souci d’honnêteté, je dirai combien j’abhorre les nazis. Non, pas comme tout le monde : les histoires de nazis, historiques authentiques ou non, m’emmerdent. Le IIIe Reich et tout le toutim, pour ainsi dire, m’inintéressent complètement. Alors, voyez que je n’étais pas dans les meilleures dispositions quand on me parle à tire-larigot de Staline, Hitler, et autres Goëring, Goebbels et j’en passe, et j’en oublie.

Ensuite, donc, l’avancée dans l’intrigue se fait en découpant à la moissonneuse-batteuse la piste : on n’attendra rien de compréhensible avant la dernière série de chapitres. Et même là, la fin est expédiée en deux trois coups de fil à couper de beurre, le tout pour donner une dimension plus tragique encore à ce manuscrit qu’une ou deux, voire trois sociétés secrètes convoitent.

Heureusement, le texte est agréable à lire. Une chance attendu qu’il a été commencé par Evens père et achevé par Evens fille. On aurait pu tomber sur une vieille continuation sans mérite ni saveur. Et même si le livre manque d’une cohésion ou d’un liant, il se laissera lire par les amateurs de grand complot, options vilains nazis qui dirigent le monde.

Restent alors les éléments historiques, menés par un homme qui fut diamantaire lui-même, et qui s’entremêlent les uns aux autres, entre recherches sur Google et connaissances chèrement acquises par notre professeur. Ils n’ont en eux-mêmes pas grand intérêt. Attention : le contexte historique dans lequel replonge le lecteur en permanence aura l’intérêt que l’on souhaite lui accorder. Les amateurs d’Histoire (et de géographie, Daniel dispose d’un million $ laissé par son père pour enquêter à travers le monde) en prendront vaguement pour leur argent. Ce que je veux dire, c’est que choisir les nazis plutôt que les Vikings ne changerait absolument rien au fond. Qu’on substitue aux avions américains que convoite Hitler des chevaux arabes ou de Troie, et l’on retombe sur les mêmes ficelles, qui sont plutôt des cordes à nœuds.

Probablement robustes, mais sans aucune finesse. Allez, zou, à laisser tomber.

 

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