L'amour en France : « L’Histoire de France est une histoire galante »

Audrey Le Roy - 02.12.2015

Livre - Histoire France amour - histoire galante


« Les graves historiens qui rédigent les manuels scolaires font de l’Histoire de notre pays un roman fort ennuyeux, car ils en éliminent l’un des éléments déterminants : l’amour. Pour eux, les événements qui ont bouleversé la France au cours des siècles ne doivent avoir que des causes sérieuses. Ils croiraient déchoir en avouant qu’un roi a déclaré une guerre uniquement parce qu’il était ivre de joie après une nuit d’amour, ou que telle conquête célèbre a été décidée sur le caprice d’une favorite... L’Histoire de France est une histoire galante. »

 

Gabrielle d'Estrées au bain, Musée Condé, Chantilly

 

 

Voici comment, Guy Breton (1919-2008), journaliste et écrivain français, justifie la rédaction de ses légendaires Histoires d’amour de l’Histoire de France. Publiées, sous forme de feuilletons, dès 1950 dans l’hebdomadaire Noir et Blanc, au final ce ne sont pas moins de dix volumes qui seront publiés jusqu’en 1965.

Les éditions Omnibus viennent de sortir un très beau recueil d’histoires choisies parmi ces dix tomes, intitulé L’amour en France

Croustillant, drôle, instructif, ce livre se prête à tous vos désirs. Ainsi vous découvrirez les histoires d’amour les plus rocambolesques, mais également les plus charmantes de l’Histoire de France, le tout illustré de façon très sensuelle par des représentations des tableaux de Mignard, Schall, Carl van Loo, Vigée-Lebrun et bien d’autres.

Voici quelques savoureuses anecdotes, saviez-vous qu'Agnès Sorel (1422-1450), maîtresse en titre de Charles VII (1403-1461), n’hésitait pas à déambuler dans les courants d’air des châteaux… un sein dehors, lançant ainsi « une mode que bien des dames de la cour enragèrent de ne pouvoir suivre. Ce sont peut-être ces pauvres femmes aux appas peu présentables qui poussèrent, d’ailleurs, quelques notables à protester hautement contre les fantaisies vestimentaires de la favorite. » 

 

Henri II (1519-1559), marié à Catherine de Médicis (1519-1589), mais dont le seul et unique amour fût Diane de Poitiers (1499-1566), dessina « un monogramme où se trouvaient le H de son nom et deux fois le D de Diane entrelacés de telle façon qu’on pût croire qu’il s’agissait là de l’initiale de Catherine mêlée à la sienne. »

Gabrielle d’Estrées (1573-1599) était la maîtresse d’Henri IV (1553-1610). Maîtresse oui mais pas follement amoureuse. Si son corps était au roi de France, son cœur appartenait à un certain Roger de Bellegarde qui allait en cachette « visiter le labyrinthe » de sa belle.

 

Agnes Sorel, école française du XVe siècle, collection privée

 


Un jour, Gabrielle, pensant que son roi avait quitté le château, appela Bellegarde dans sa chambre, « lorsque le pas vif du roi retentit dans le couloir. » Bellegarde n’eut que le temps de se cacher sous le lit. Henri IV entre dans la chambre, honore de la plus remarquable façon sa douce puis réclame des confitures (et oui ça creuse !), à ce moment, Bellegarde tout courbaturé essaie de bouger un peu, le parquet grince, le roi l’entend, Gabrielle se fige, le roi « comprenant que son rival était là, il emplit une assiette de confitures et la tendit sous le lit : – Tenez, dit-il, il faut que tout le monde vive ! … »

 

Ce très cher Beaumarchais, qui prônait l’amour léger, fût joué d’une remarquable façon. Explication. En affaire avec le chevalier D’Éon et persuadé, contre l’avis de beaucoup, que c’était une femme, mais désirant s’en assurer tout de même, il demanda à en avoir une preuve. Le chevalier D’Éon se lia… aller un peu d’imagination que diable ! Bref « il l’attacha de sorte que tout semblait aussi plat qu’aux nonnains », ainsi, s’allongeant dans le noir complet, il laissa Beaumarchais passer sa main sous le drap, ce dernier fût de suite convaincu « de la féminité du chevalier ». Le sexe du chevalier ne fût réellement constaté qu’à sa mort en 1810, Beaumarchais étant mort en 1799, il n’apprit jamais qu’il avait palpé un homme ! 


En lisant avec délectation ce livre, vous saurez tout, ou presque, des amours qui ont jalonné notre histoire de France, celles de Dagobert, de Charlemagne, de Louis XIV, de Louis XV qui réussit tout de même à anoblir et à présenter officiellement à la cour une catin au savoir-faire légendaire. Vous saurez tout, disais-je, jusqu’à la magistrale pompe funèbre de Félix Faure.

Un très beau livre qui viendra peut-être réchauffer vos longues nuits d’hiver ! 

 


Pour approfondir

Editeur : Omnibus
Genre : dictionnaires et...
Total pages : 213
Traducteur :
ISBN : 9782258081932

L'amour en France

de Guy Breton

Aux Histoires d'amour de Guy Breton, il manquait une chose et une seule : l'image. On en rêvait, Omnibus l'a fait en 216 pages et 65 illustrations. Ainsi le chef-d'oeuvre d'humour et de grivoiserie (mais aussi de connaissances historiques) qui régale les lecteurs français depuis soixante ans a-t-il maintenant des visages, des sourires, des costumes, des décors... Et quels décors ! Le parti-pris est le grand spectacle, et le résultat un festival de scènes chatoyantes, langoureuses ou licencieuses, toujours réjouissantes

J'achète ce livre grand format à 29 €