L'amour et le livre

Les ensablés - 26.10.2010

Livre


Au fait, un mot. Je ne tiens pas à parler des œuvres qui ne me plaisent pas. On sait pourquoi on aime un livre. Si on ne l'aime pas, c'est parfois par ignorance, insuffisance intellectuelle, culturelle. Évidemment, je ne parle pas des livres qui n’en sont pas, dont les faiblesses sont évidentes. Non, je parle de ces livres ayant de la tenue, du style, et qui me laissent indifférents, ou m’exaspèrent, de ces livres dont me parlent ceux que j'admire et que j'écoute poliment, enrageant de ne pouvoir les comprendre. Toujours, je me retiens de juger. Je respecte davantage la présomption d’innocence des livres que celles des accusés. Le goût n’est pas tout… et je ne sais pas tout, je suis même d’une grande ignorance. Je note d’ailleurs que plus mon ignorance reflue, plus mon goût littéraire s’affine : des livres repoussés jadis viennent à mon chevet et ne le quittent plus. L’ignorance mène à l’injustice, elle est la mère du mauvais goût. Face au livre, je me tiens droit, inquiet, respectueux. Avec lui, il faut être délicat comme on l’est avec une femme qu’on veut séduire… Souvent d’ailleurs, on commence à s’intéresser à la littérature pour séduire quelqu’un. Enfin, c’était comme cela autrefois… Je ne sais pas ce qu’en pensent les adolescents d’aujourd’hui. Pour moi, adolescent d'autrefois, écrire à celle qu’on aimait, une lettre, un poème, une nouvelle, c’était déjà lui faire l’amour. Je songeais qu'elle serait seule avec moi pendant des heures, dans une chambre, et que mes mots, pendant tout ce temps, la pénètrerait, l'absorberait. Faute de texte à mon nom, j'ai utilisé aussi ceux des autres, ceux qui n'étaient pas ou plus connus, des ensablés, avec cette idée qu'en découvrant ces romans de grande qualité, et les lisant, la jeune fille se dirait : "Que cet homme (parlant de moi et non de l'auteur) est cultivé, brillant, sensible!" Le livre, je le voyais comme un vêtement, un instrument de séduction. J'avais trop lu Cyrano de Bergerac. Je pense à Roxane, Roxane qui écoute la lettre de Cyrano avec une sorte d’extase. Elle semble être une femme qui préfère un homme musclé à un homme intelligent, sauf qu’ici c’est l’inverse. Elle dit : « C’est votre âme que j’aime ». Il pourrait être laid, le plus laid du monde, c’est cet homme qui a écrit qu’elle aime… Enfin, à voir. L’histoire ne dit pas si Roxane aurait vraiment aimé Cyrano s’il lui avait tout avoué… Tout cela pour dire qu'il ne faut pas aimer les mots pour la chose qui n'est jamais certaine. Crédit photo finitude