L'antre de la pénitence : osez frapper à l'huis de la Winchester House

Florent D. - 18.10.2017

Livre - mort horreur armes - sang victimes mort - meurtriers winchester sang


Oh qu’il est sombre, ce début de XXe siècle, dans l’État de Californie. Sombre, sinistre, et lourd de culpabilité. Sarah Winchester est à la tête d’un empire, d’une armée de travailleurs. Tous œuvrent à la construction d’une étrange demeure, sans cesse détruite, et reconstruite pour chasser les démons que la propriétaire semble être la seule à voir...



 

 

Chacun des hommes venus travailler ici a tué. Pour fuir la mort qu’ils ont données, les voici marteau en main à clouer, tailler, scier... tout pour que la Winchester House accomplisse la vision de sa propriétaire. Et pourtant, si tous œuvrent de bonne grâce, logés et nourris, personne ne parvient à comprendre les accès de folie dont Sarah semble faire l’objet. 

 

Sur sa propriété, aucune arme n’est tolérée : ceux qui entrent doivent s'en débarrasser – comme si la moindre goutte de sang pouvait réveiller les pires créatures qui attendent tapies dans un coin de ce monde. Si seulement Sarah n’était pas seule à les apercevoir, dans les cauchemars qu’elle fait, parfois même éveillée... 

 

Et l’arrivée de Peck est probablement la goutte qui pourrait faire chanceler l’édifice. « Le sang réclame l’expiation ! L’oblitération. Le jour du jugement est arrivé. » Que pourrait attendre ce mercenaire, arrivé dans la Winchester House juste après avoir tué une Indienne et son enfant ? Mortellement blessé, il trouve chez Sarah un refuge temporaire. Mais le sang et les armes forment un couple difficile à séparer.




 

Dans l’antre de la pénitence frappe d’abord par la rudesse de son dessin, qui laisse facilement présager un récit sombre. Mais la lecture plonge rapidement dans la folie, la mort et l’horreur, dont on ne sortira jamais. Menée avec un rythme haletant, aucune pause narrative n’est donnée, sinon pour arracher sur le champ le lecteur à sa tranquillité illusoire. 

 

Le sang suinte de chaque page, de même que la douleur des hommes, tous vêtus d'une salopette verdâtre et d’un pull blanc. Les armes avec lesquelles ils sont venus peuvent bien être fondues pour fabriquer des outils, ils gardent tout de même dans le cœur la mort donnée, les vies prises – et toute la BD en devient écrasante.

 

Splendide, dans tous les sens du terme, « L’antre » est belle et bien cette vallée où les âmes perdues viendront expier leurs derniers souffles de vie. La Gehenne sur terre, mais qui ne promet que l’enfer à toutes ces vies passées et accomplies dans le feu des armes. La mort et l’horreur guettent à chaque détour de page. Puissant, épuisant et implacable. Une BD incontournable.

Ian Bertram (dessin), Peter J. Tomasi (scénario) – Dans l’antre de la pénitence – Editions Glénat – 9782344023648 – 19,95 €
 

Les critiques de la rentrée littéraire 2017


Rentrée littéraire 2017, la fashion week des libraires