L'arbre à soi, Pascal Allard

Clément Solym - 01.10.2009

Livre - abre - soi - Pascal


Il y a quelques jours, un coup de téléphone d’une certaine Aurore, chargée de l’organisation du Premier Salon du Livre de la Guyane, l’a cueilli au petit matin : son livre a enchanté tout le Comité de Lecture du Salon, il est un auteur talentueux et prometteur, il doit absolument accepter l’invitation qui lui est faite de participer au Salon. Tout est parfaitement organisé, il n’y a aucun souci pour le voyage en avion, l’hôtel, etc..

 

Dans la salle d’embarquement, déjà, se croisent jeunes auteurs peu connus et vaguement reconnus et célébrités, ayant plusieurs cordes à leur arc, notamment dans les médias, qui font d’eux des incontournables.

 

À l’issue d’un vol qui est, pour Pascal, un baptême de l’air vers les Amériques, d’une réception superbe dans un salon de l’aéroport de Cayenne, tous les invités sont successivement débarqués dans différents hôtels : des plus chics aux plus communs pour les auteurs les plus connus à ceux qui ne sont encore que prometteurs. Dans l’ordre bien évidemment !

 

De dîner de cérémonie pompeux, où personne n’écoute personne d’autre que soi, en séance ratée de dédicace, de séances solitaires de consommation de punch dans un bar en table ronde de débat aux horaires de programmation incompréhensibles, mouvants et insaisissables, Pascal déjante quelque peu au point de décider, passablement éméché, de se noyer en tentant de rejoindre le vieux continent à pied et en abandonnant Aurore !

 

Finalement récupéré dans son bateau par un vieux pêcheur passant par là alors qu’il a de l’eau jusqu’au cou, il consent à regagner son hôtel où il arrive juste à temps pour rejoindre ses collègues déjà embarqués dans le bus qui va les mener à l’aéroport pour un petit périple dans la jungle amazonienne.Et comme tout le reste jusqu’à cet instant, rien ne va se passer comme initialement prévu par les organisateurs.


Pascal ALLARD ne manque pas d’humour. Un humour farouche, constant, parfois grinçant et souvent décalé ! D’abord, il attribue à son héros la paternité du premier roman qu’il a lui-même commis ! Ensuite, sans jamais afficher son patronyme, il lui donne son propre prénom, Pascal ! Est-ce à dire qu’il s’agirait d’un ouvrage autobiographique ? Je ne le pense pas si j’en crois ce qui se passe dans son livre à partir du moment où commence l’aventure dans la jungle. Même s’il en profite pour distiller au fil des pages toutes ses interrogations faute d’être des certitudes.

 

Peut-être l’est-ce effectivement quant à son approche personnelle de l’écriture, de la genèse d’un texte, de l’accouchement d’un roman ! « L’instant où l’on prend la décision d’écrire un roman est un moment de grâce qui adsorbe subitement toutes les contrariétés » fait-il dire à son héros.

 

Ne serait-ce pas sa propre attitude face au livre à écrire ? N’est-ce pas ce qui, au fond, décide de l’attribution d’une machine à écrire, comme en reçoivent, à un moment de l’histoire, tous ces écrivains embarqués sur un même bateau et dans une drôle d’aventure : être dans le thème, avoir l’envie, nager dans les idées, faire corps avec l’histoire… ? Des auteurs tous pareils mais tellement différents.

 

Au passage, Pascal ALLARD en profite pour égratigner tous ses confrères, joyeusement, mais sans pitié, dévoilant leurs ego démesurés et le peu de considération pour ceux qui ne peuvent finalement être considérés que comme des concurrents. Il n’est pas plus tendre avec les journalistes auxquels il donne le mauvais rôle de colporteur de fausse nouvelle au motif de la confiance en ses sources : « La confiance ne doit pas empêcher le contrôle » ne se lassait pas de me dire un ami ! Les conséquences d’un faux sont imprévisibles.

 

Ailleurs, il s’enthousiasme pour la relation presque symbiotique entre l’auteur et le lecteur, relation dont l’éditeur est le vecteur qui permet cette communication si improbable ! Il y a une certaine vénération du lecteur (et, effectivement, que serait un auteur sans lecteur ?) mais aussi de l éditeur (et alors que seraient l’auteur et le lecteur sans l’éditeur ?).

 

Au final, il voudrait nous faire croire qu’il y a un message derrière tout cela. Une voie de la sagesse.

 

Mais non, je ne crois pas à cette envolée finale : les Dieux ne relisent pas certaines épreuves. Je ne crois pas non plus que l’auteur corrigera son texte en tenant compte des commentaires de ses lecteurs (mais peut être les nouvelles technologies de la communication, le livre électronique, le permettraient-elles ?) : son livre est trop personnel et il y a trop mis de lui-même pour s’auto mutiler. En tout cas, en l’état, son roman fait preuve de beaucoup de dynamisme et d’un rythme jamais mis en défaut !

 

P.S. : ce livre fait partie de la sélection de la Librairie « Lignes d’Horizons » (Saujon, 17) destiné à récompenser d’un Prix un éditeur particulièrement actif dans la promotion de la « biodiversité littéraire ».



Retrouvez L'arbre à soi, de Pascal Allard, en librairie




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